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Melih Şahinöz : “Je reste obsédé par l’art moderne”

Baran Cengiz 29 juin 2020
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D.R.

L’homme d’affaires Melih Şahinöz est le plus grand collectionneur de Burhan Doğançay, l’artiste turc. Il nous a accueilli pour parler d’art et de l’origine de sa curiosité artistique. 

Pouvez-vous me parler un peu de vous ?

Je suis actuellement un homme marié de 57 ans,père de deux fils. J’ai travaillé toute ma vie en Turquie, je crois dans ce pays et je continue d’investir dans le secteur de l’alimentation et de l’agriculture. Je m’efforce d’être respectueux de toutes les choses vivantes ou non, tout en faisant des affaires et en maintenant ma vie quotidienne.

Quand avez-vous acquis votre première œuvre d’art ? Qu’est-ce qui vous a fait acheter cette pièce ?

J’ai acheté ma première œuvre d’art en 1994 à la naissance de mon fils aîné. Le plus drôle, c’est que toute ma connaissance sur l’art moderne à cette époque se définissait avec cette phrase : “pourquoi achètent-ils ces œuvres? Je peux facilement faire la même chose.” La raison pour laquelle j’ai acheté ma première œuvre est que Burhan Doğançay était un bon ami de la famille, et il m’a littéralement donné l’une de ses séries de Rubans les plus connues. Il m’a dit “Melih, prends cette pièce et accroche-la au mur du salon, laisse les enfants la voir sur le mur en grandissant. Tu me paieras quand tu auras de l’argent”. À ce moment-là, j’ai accepté l’œuvre uniquement à cause de mon respect envers lui et j’ai payé en plusieurs versements. Puis j’ai commencé à faire des recherches avec mon identité d’homme d’affaires, je me suis posé la question suivante : “pourquoi ces œuvres ont autant de valeur et sont si chères ?” Ma curiosité et mon apprentissage ont commencé avec cette question et ils continuent encore.

© Burhan Doğançay

Avez-vous un conseiller qui vous aide à trouver des œuvres ou faites-vous des recherches vous-même ?

Au cours des premières années, j’ai eu l’occasion de travailler avec de nombreuses personnes de l’industrie, aujourd’hui je fais des recherches moi-même.

Préférez-vous acheter lors de ventes aux enchères, sur le conseil de galeries ou directement auprès des artistes ? Pour quelles raisons ?

Franchement, je n’ai pas une seule réponse à cette question, parfois l’œuvre vous trouve, parfois vous trouvez l’œuvre ou un intermédiaire vous conseille une certaine œuvre. J’aime toujours rencontrer l’artiste, parce que j’aime savoir quels sentiments et points de vue l’artiste avait pendant qu’il faisait son œuvre. Les œuvres reflètent les influences sociales, climatiques et personnelles, l’espace dans lequel l’artiste évolue, le tout avec des symboles figuratifs, des couleurs et transmettent ainsi son message. Si l’histoire de l’artiste m’attrape dans ce sens, j’aime partager son point de vue en investissant sur son travail. En ce sens, je voudrais distinguer la galerie Oktay Duran Art 10, qui a amélioré ma vision artistique et en a ajouté de la profondeur. Puisqu’ils soutiennent des gens comme nous, tout en soutenant l’artiste et son art, cette galerie aura toujours une place particulière dans mon cœur.

© Burhan Doğançay

Connaître l’artiste change-t-il la perception de l’œuvre selon vous ?

Je peux honnêtement dire qu’il y a des œuvres que j’avais adorées au premier regard mais après avoir fait connaissance avec l’artiste je les ai vendues…

Quelle est l’œuvre majeure de votre collection ? Pourquoi cette pièce ?

La série de Rubans de Doğançay, dont j’ai raconté l’histoire tout à l’heure. Cette œuvre m’a initié à l’art moderne, c’est l’un des jalons les plus importants de mon développement personnel.

Comment votre goût de l’art a-t-il évolué depuis des années ?

Honnêtement, j’ai commencé avec l’art moderne et je suis resté obsédé. J’achète des œuvres non seulement des artistes populaires mais surtout de tous les artistes que j’aime.

© Burhan Doğançay

Pourquoi Burhan Doğançay ? Qu’est-ce qui vous amène à ses œuvres ?

Tout d’abord, il m’a fait découvrir l’art moderne et grâce à lui mes enfants ont grandi avec l’art. Comme Atatürk, notre fondateur décédé, l’a dit : “une nation sans art ne peut pas exister”. Burhan Doğançay m’a patiemment écouté tous les jours avec mes thèses ignorantes sur l’art et il a construit en partie ma vision d’aujourd’hui. Lorsque je voyage pour le travail, je visite toujours les musées de ma destination. Cela m’enrichit personnellement, calme mon esprit et me donne l’opportunité de découvrir les cultures et les valeurs des sociétés d’une zone géographique grâce à l’art.
Alors que Doğançay aurait pu avoir de belles opportunités de carrière à l’étranger, il est resté en Turquie pour ses idéaux, parfois en vendant ses œuvres juste pour pouvoir se nourrir. Il m’a fasciné par son identité d’artiste. Avec la fierté de sa réputation légitime, il a essayé de rendre son art compréhensible pour les enfants, qu’il considèrait comme la pierre angulaire des sociétés. Il a expliqué que la prospérité sociale et économique dans un pays ne pouvait être possible qu’avec les générations bien éduquées qui ont grandi avec l’art. Il l’a montré, à chaque occasion, dans ses œuvres et ce jusqu’aux derniers jours de sa vie.

Propos recueillis par Baran Cengiz

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