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Noire de ligne : “Les tatoueurs d’aujourd’hui sont aussi artistes”

Léa Héron 2 juin 2020
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Margaux est tatoueuse sous le nom de Noire de ligne à Bordeaux mais c’est avant tout une artiste. Elle nous partage ici sa perception du métier de tatoueuse et de son art.

Bonjour Margaux, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Margaux, ou Noire de ligne en tant que tatoueuse, j’ai 26 ans, je vis à Bordeaux, je fais ce métier depuis un peu plus d’un an et c’est incroyable  !

Comment es-tu devenue tatoueuse ? Raconte-nous ton parcours.

Mon parcours de base n’a pas vraiment à voir avec le monde du tatouage même si le dessin a toujours plus ou moins fait partie de ma vie. J’ai fait de l’art plastique pendant une quinzaine d’années, dans un atelier où l’on pouvait vraiment toucher à tout type d’art et de support, c’était très enrichissant. J’aurais voulu, dès le lycée et même en post-bac, intégrer une école d’art mais c’est un univers particulier, pour lequel on te dit qu’il est compliqué de trouver du travail et n’ayant pas grandi dans un milieu artistique, je n’ai eu personne pour me démontrer le contraire. Non sans déception, et en gardant cette envie dans un coin de ma tête, j’ai donc intégré une école de commerce à Bordeaux et y ai effectué mon Bachelor et mon Master. Je ne regrette absolument pas ces études, elles m’ont fait grandir, voyager, apprendre.  Qui sait, peut-être que je n’en serais pas là sans cette expérience ! C’est en sortant de l’école que j’ai décidé de prendre du temps pour essayer de vivre de mes idées et mes envies. Le tattoo n’a pas été la première option mais elle a fini par être la bonne. J’ai toujours été attirée par cet art et je me suis rendue compte en me renseignant un peu plus, que ce métier me correspondait totalement, d’un point de vue personnel comme professionnel. J’ai donc décidé de me lancer, j’ai appris à tâtons, seule, en allant chercher des conseils à droite à gauche, en me renseignant beaucoup. Les premiers mois n’ont pas été simples mais le travail a fini par payer lorsque Charlee m’a ouvert les portes du Sibylles Shop, en octobre dernier.

Peux-tu nous parler de l’esthétique de tes tatouages ? Comment en es-tu arrivée à ce style ?

Quand j’étais en école de commerce, j’ai complètement arrêté de dessiner. Je n’ai repris que pendant mon stage de fin d’études, c’est là que j’ai commencé à dessiner de cette manière et que mon style s’est affirmé. J’aime beaucoup le fait que mes dessins et mes lignes ne soient pas parfaits. J’estime que rien ne l’est autour de nous et que ce sont ces imperfections qui font la beauté des choses. J’aime beaucoup ce côté brouillon, croquis.

Pourquoi as-tu choisi de tatouer plutôt que de dessiner ?

Je n’ai pas choisi l’un plus que l’autre, je fais les deux  ! Je passe une bonne partie de mon temps à dessiner avant de tatouer, l’un ne va pas sans l’autre. Mais je trouve que le tattoo m’apporte une sensation en plus, comparé au dessin. Et puis, tu partages ce moment avec quelqu’un, tu lui procures des émotions, tu l’aides parfois. Pour moi, le tatouage va beaucoup plus loin que le dessin.

Tu tatoues beaucoup de visages et de corps de femmes, comme une ode à la féminité, dans ses forces comme dans ses faiblesses. Est-ce une demande de la part des personnes que tu tatoues ou est-ce un sujet qui t’a toujours intéressée ?

C’est plus un sujet qui me parle effectivement. Le corps féminin c’est la première chose que j’ai recommencé à dessiner quand j’ai repris le dessin. Je le trouve beau et tellement divers  ! La demande finit par venir car les gens sont attirés par ce que tu proposes.

Y a-t-il un tatouage que tu as réalisé qui t’a marquée plus que les autres ? Ou un dessin qui a un sens particulièrement fort pour toi ?

Non pas forcément. En général, c’est plus un moment qui va me marquer, ou une personne, plutôt que le tatouage en lui-même. À la limite, le tatouage ou dessin qui a vraiment un sens pour moi, c’est le tout premier que j’ai fait (sur moi) et qui est devenu mon “logo”, parce qu’il marque le début de toute cette aventure.

Penses-tu que le tatouage est une mode éphémère selon les générations ou est-ce un art qui se développe et s’inscrit de plus en plus dans le temps ?

Non, je pense que le tatouage a toujours été un art à part entière mais qu’il prend un peu plus de place de nos jours parce que les sociétés ont fini par l’accepter. Les tatoueurs d’aujourd’hui ne sont pas que tatoueurs, ils sont aussi artistes.

D’après ton expérience personnelle et professionnelle, faut-il toujours qu’un tatouage ait une signification ? Tous tes dessins, tatouages, ont-ils une explication ou certains ne sont qu’esthétiques pour toi ?

Non, pas du tout. Personnellement, je n’ai aucun tatouage avec une signification. Pour ma part, je vois plus ça comme un bijou, une œuvre qui sublime un corps. Quand je choisis de me faire tatouer, c’est plus pour le travail et le style de l’artiste qui vont me parler, que pour le dessin en lui-même. Mais je trouve ça très beau qu’un tatouage puisse avoir une signification particulière et puisse faire avancer les gens dans les étapes de leur vie. Je trouve ces tatouages plus forts que les autres.

Pour finir, aimerais-tu développer ton art vers un autre univers que celui du tatouage ?

Oui, j’aime énormément le tattoo et je pense que ça restera ma principale manière de m’exprimer mais j’ai tendance à vouloir tester et réaliser des milliards de choses à la fois. Pendant le confinement, j’ai eu le temps de faire et refaire des choses différentes de d’habitude que j’aimerais développer, comme l’art mural ou travailler sur différents supports, notamment le bois, la céramique ou les vêtements. À terme, on reste dans le tatouage, mais j’aimerais faire du tatouage réparateur.

Plus d’informations sur son compte Instagram et son site internet.

Propos recueillis par Léa Héron

 

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Riv : “J’utilise la nudité féminine comme un outil d’émancipation de la femme”, de Salomé Guez

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