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Philippe Charlot : « J’ai toujours aimé créer »

Philippe Charlot

Quand l’architecture et la nature morte se mêlent aux émotions, rencontre avec le talentueux photographe Philippe Charlot. Il nous parle ici de son parcours, sa passion et sa vision de la photographie d’intérieur.

Philippe, qui êtes-vous ?

Je suis un photographe de 48 ans qui n’a pas toujours été photographe. Je vis de la photo depuis dix ans, j’ai fait plein d’autres choses avant et j’en ferai sans doute d’autres encore.

Pourquoi devenir photographe ?

J’ai toujours aimé créer. C’est même mon remède à beaucoup de choses. J’ai eu très jeune un appareil dans les mains, un appareil argentique évidemment. Je devais être patient pour voir enfin, dans le labo, apparaître le fruit de mes expériences. Il fallait être patient mais moins que si j’avais peint. Je pense que la peinture est un art infiniment plus subtil et laborieux que la photographie mais je n’ai jamais été très doué en peinture.

D’où vient cette passion ?

Je ne vais pas inventer un storytelling de toutes pièces… Même si l’histoire y ressemble, je vous assure qu’elle est réelle. Chez mes parents, il y avait les albums photos, bien ordonnés et légendés. Puis, il y avait une boîte avec les déclassées, les non-choix, les canards boiteux du papier glacé. J’adorais l’ouvrir et y jeter un œil. Je me souviens très bien des images de mon père, appelé en Algérie pendant la guerre, ce contact avec la mémoire. La photo fige quelque chose. C’est extrêmement subjectif comme média mais un moment, plus ou moins bien, a été fixé en deux dimensions, hauteur et largeur. Avec le temps qui passe, cela fait trois et ce n’est pas si mal.

© Philippe Charlot

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Mon métier consiste à être photographe et entrepreneur. Pour être photographe et en vivre, il faut être suffisamment bon chef d’entreprise en plus d’être assez bon photographe. Et cela fonctionne. Ces deux métiers et ce grand écart me plaisent bien, le créatif et le fichier Excel. En tant que photographe, ce que j’aime le plus, c’est le moment où je me demande comment je vais transmettre à plat, sur un écran, tout ce que je ressens maintenant.

Pourquoi la photographie d’intérieur et d’architecture ?

Rendez-vous compte du parcours accompli avant la venue du photographe dans un intérieur d’architecte. Il y a eu de la part du client le choix de son architecte, puis leurs échanges, des propositions, des négociations. C’est ensuite le bal des fournisseurs de lampes, de carrelage, des artisans de tous corps. Et voilà le photographe. Quel privilège ! Il faut alors ressentir le sens de tout ce travail, ouvrir les yeux sur les volumes créés, les matériaux utilisés, la circulation de la lumière… C’est un travail silencieux qui nécessite une grande concentration pour garder rigueur – photographier les intérieurs, c’est très technique – tout en gardant tous ses sens bien en éveil.

© Philippe Charlot

Selon vous, quel est l’angle de vue idéal pour réussir une photo d’intérieur harmonieuse ?

Ce serait si simple… et un peu ennuyant s’il y en avait un. Il faut regarder le lieu, c’est lui qui vous l’indiquera. Mon boîtier est presque toujours à l’horizontal et à hauteur de poitrine. Je n’utilise pas d’optique super grand angle, rarement en dessous de 24 mm. Ce ne sont pas des manies. Ainsi, j’évite de travestir la réalité et cet angle, je suis bien obligé d’aller le dénicher.

Comment faites-vous pour dégager des émotions à travers des photos d’architecture ?

Ça c’est le travail de l’architecte. Le photographe d’intérieur doit rendre son travail invisible, il doit ouvrir une fenêtre sur l’univers de l’architecte. Si le travail du photographe est visible, c’est qu’il a raté sa prise de vue. C’est un travail d’auteur mais l’art de cet auteur est d’être invisible. C’est vrai pour l’architecture d’intérieur, pas pour tous les domaines de la photo bien sûr.

© Philippe Charlot

Est-ce possible de faire ressentir des émotions à travers des constructions statiques ?

Bien évidemment et la plupart du temps, c’est une de leur fonction principale. Tout ceci, pour les structures comme pour les intérieurs, est assez reconnu et codé. Passez un week-end le nez dans un livre de photos d’architecture brutaliste, vous verrez, vous en sortirez changé.e.

Avez-vous des projets futurs à nous partager ?

D’ici quelques jours, mon nouveau site professionnel sera en ligne. L’actuel doit peut-être avoir dix ans. Effet bénéfique du confinement, j’ai pu enfin lui consacrer un peu de temps. Il y aura bientôt – d’ici la fin d’année – une publication commune avec la philosophe Sophie Geoffrion. Nous travaillons sur la question du mouvement, je suis plus à l’aise avec celle du temps. Tout n’est pas réglé encore mais la querelle est joyeuse.

Propos recueillis par Justine Mailhe

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