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Stéphane Corréard : « Une collection est comme une bibliothèque : unique, à l’image de sa personnalité »

Inès Marionneau 11 décembre 2017
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© Fabrice Gousset

Commissaire d’exposition, critique d’art et actuel directeur du salon « Galeristes » se tenant le weekend du 9 au 10 décembre au Carreau du Temple, Stéphane Corréard possède plusieurs cordes à son arc. Il évoque ici le Prix FILAF (Festival International du Livre d’Art et du Film) qui récompense le meilleur livre d’art édité ou coédité par une galerie.

Pour cette 2e édition de Galeristes, vous proposez le Prix FILAF, récompensant le meilleur livre d’art. Pourquoi cet intérêt pour l’édition ?

Je suis membre du conseil scientifique et je sélectionne les livres en compétition. J’ai toujours été proche du FILAF. C’est un endroit magique parce que il y a une vraie communauté et on y est très bien reçu pendant quatre jours. Il y a des échanges passionnels, car tout le monde parle d’art sans aucun enjeu de business ou d’argent.

Avec le président du FILAF, Sébastien Planas, on a donc eu envie de mettre à l’honneur cette activité qu’ont beaucoup de galeries : éditer des livres de leurs artistes. Beaucoup pensent que les galeries ne vendent que des œuvres. Or, leur travail consiste à soutenir des artistes en faisant leur promotion, en produisant des œuvres, en impulsant des projets, des commandes publiques, mais aussi en participant à la promotion de leur travail par l’édition ou la coédition de livres.

Cette année, ce festival a alors proposé de faire une bouture parisienne en attribuant le Prix FILAF Galeristes au meilleur livre d’art contemporain édité ou coédité par une galerie, ce qui permet de mettre en lumière cette activité remarquable. C’est en effet un investissement important trop peu salué.

Qui est l’invité ?

Yvon Lambert, un ancien galeriste qui a édité des livres avec ses artistes et qui a choisi de finir sa vie comme libraire de livres d’art. C’est un amoureux des livres. On retrouve aussi dans le jury Philipe Apeloig, un excellent graphiste français que j’ai rencontré au FILAF puisqu’il y était venu présenter son livre. Tisser des liens dans la durée avec les artistes et les gens autour de l’art est une autre particularité du FILAF. Un fois entrés dans votre orbite, ils ne vous lâchent plus.

Vous aussi, vous aimez travailler dans la durée.

Oui bien sûr, je pense que c’est même le principal dans l’art : suivre des artistes et travailler avec eux le plus longtemps possible. Ce que j’aime, c’est de pouvoir prendre le temps de travailler avec des artistes que j’apprécie. Je prends le contre-pied de l’agitation constante qui définit le monde de l’art contemporain, c’est-à-dire un monde qui tourne vite.

Je pense aussi qu’il faut résister à cette ère du temps qui consiste à consommer à outrance. Ces dernières années, on relève la redécouverte d’artistes modernes qu’on avait un peu dénigrés et maltraités. Les ringards d’hier peuvent être les stars d’aujourd’hui.

On a une responsabilité vis-à-vis des artistes et c’est une richesse extraordinaire. Je fais souvent la comparaison entre l’art et l’amour. Certains aiment les relations très distendues et d’autres aiment rester avec la personne qu’ils aiment tout le temps. Moi, j’aime ma relation quotidienne avec l’amour et c’est la raison pour laquelle je suis collectionneur et que j’encourage la collection. Ici nous sommes entourés d’œuvres à moins de 1.000 euros, qu’on peut acheter en quatre fois sans frais.

En effet, je pense que la vraie relation avec l’art est une relation intime et quotidienne. Et l’évolution de notre regard au contact des œuvres que l’on possède est particulièrement enrichissante. Par nature, une œuvre d’art est polysémique. Sa profondeur est sans fin. Finalement, c’est comme vivre avec quelqu’un. On découvre cette personne tous les jours.

© SpMillot’17 Mehdi Mendas


Êtes-vous un collectionneur de livres d’art ?

Je lutte, car c’est beaucoup d’accumulation. En même temps, je suis autodidacte. Mes parents ne s’intéressaient pas du tout à l’art je me suis formé dans les livres. Pour moi, c’est majeur. Maintenant, le livre est tellement en connivence avec l’art. Certaines œuvres d’artistes ne peuvent exister que sous ce format. Elles ne doivent leur visibilité que par le livre. Un formidable outil, donc, à côté évidemment des expositions dans les musées, dans les galeries.

Cet intérêt pour le livre paraît général, comme en témoigne l’acquisition du Tate de Londres des livres d’art de Martin Parr. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Cela s’est peut être accentué ces dernières années, mais n’oublions pas que les historiens d’art partent de sources livresques. Ensuite, collectionner, c’est d’abord posséder. Mais en réalité, il y a beaucoup d’autres dimensions. Les collectionneurs sont les premiers conservateurs et parfois, ils sauvent même de l’oubli des œuvres ou des mouvements.

Ainsi, le fait d’accumuler des livres a apporté à Martin Parr une connaissance du champ de la photographie, ce qui lui permet, à son tour, de transmettre et d’attirer l’attention sur des livres méconnus. Et un artiste est très libre, car il fait des choix autres que ceux du Centre Pompidou, par exemple. Entrer dans la bibliothèque d’un artiste, c’est comme entrer dans son cerveau. Cela apporte des informations précieuses sur son travail.

Collectionner serait-il un geste artistique ?

C’est une bonne question. Toutefois, c’est difficile de répondre complétement à l’affirmatif. Cette relation intime qu’on peut avoir avec une œuvre avec laquelle on vit permet de se rapprocher au plus près de l’artiste. Sans en être prisonnier pour autant. Mais accrocher deux œuvres à côté est déjà un geste artistique en soi.

Tous les collectionneurs se posent la question : quel portrait ou quel paysage dessine leur collection ? Pour ma part, je pense la mienne comme une archipel avec des îles qui représentent mes différents centres d’intérêt. En fait, une collection est comme une bibliothèque : unique, à l’image de sa personnalité.

Propos recueillis par Inès Marionneau

 

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