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    Une bouteille à la mer – film de Thierry Binisti

    7 février 2012
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    Après un attentat dans un café de son quartier, Tal, adolescente française vivant à Jérusalem, prend son clavier et rédige une missive — laquelle sera enfermée dans une bouteille jetée à la mer — à l’adresse d’un Palestinien imaginaire. Quelques temps après, une réponse sous le pseudonyme de « Gazaman » lui parvient dans sa boîte mail.

    De prime abord, raconter le dialogue par courriers électroniques interposés entre deux protagonistes du conflit israélo-palestinien— une jeune fille de Jérusalem et un Palestinien de Gaza — peut s’apparenter à une fable simpliste, pleine de naïveté. Il n’en est rien. Sous couvert d’une certaine candeur, le film montre la guerre d’un double point de vue, la bouteille à la mer représentant l’écheveau tirant le fil d’Ariane qui va lier deux individus que tout oppose.

    Figures centrales et hautement symboliques de l’histoire, Naim et Tal sont animés d’une soif d’absolu, d’un désir de dépasser les visions manichéennes et les raccourcis arbitraires. Et là où ils font preuve de grandeur d’âme et d’une force de caractère, c’est indubitablement dans leur volonté d’essayer de comprendre l’autre, quitte à mettre à l’épreuve leurs certitudes. Etat d’esprit illustré de façon très juste dans le film : au conflit extérieur se greffe un conflit de loyauté, chacun ayant l’impression de trahir les siens en voulant tendre la main par-dessus la barrière.

    Et quand la fraîcheur des idéaux se heurte à la violence de la réalité — rythmée d’un côté par les bombes israéliennes larguées sur Gaza, de l’autre, par les tirs de roquettes palestiniennes atterrissant dans le sud d’Israël —, reste l’espoir d’un ailleurs. Ce sera la France et la langue française, personnages à part entière traversant en filigrane le récit. Non seulement l’Hexagone signifie une promesse d’un avenir meilleur pour Naïm, mais la langue de Molière permet également aux deux jeunes gens de communiquer sur un terrain neutre.

    Porté par la luminosité d’Agathe Bonitzer et le regard hypnotique de Mahmoud Shalaby, le film est servi par une caméra proche de ses personnages, les suivant pas à pas, tirant le spectateur par la main pour lire par-dessus leurs épaules leurs échanges.

    Le film de Thierry Binisti a le mérite d’éviter le piège du didactisme, des explications et du parti pris : à chaque camp, son enfer. Et le défi est relevé avec sensibilité et panache. Comme une parabole pleine de grâce, qui refuse de croire au paradis perdu, « Une bouteille à la mer » choisit résolument une voie : celle d’un espoir de dialogue, aussi ténu soit-il.

    Roxane Ghislaine Pierre

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    Lumières de la presse étrangère 2013 (18 janvier)

    • Nominations : Meilleur scénario, Meilleur espoir masculin et Meilleur espoir féminin


    Festival de Saint Jean de Luz 2011

    • Prix du Meilleur Film

    Une bouteille à la mer

    De Thierry Binisti

    D’après le roman Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti

    Avec Agathe Bonitzer (Tal), Mahmoud Shalaby (Naïm), Hiam Abbass (Intessar), Salim Daw (Ahmed), Abraham Belaga (Eytan), Jean-Philippe Ecoffey (Dan), François Loriquet (Thomas) et Smadi Wolfman (Myriam)

    Durée : 99 min.

    Sortie le 8 février 2012


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