0 Shares 1302 Views

Toutes les filles pleurent – Judith Godrèche

5 mars 2010
1302 Vues
Toutes les filles pleurent - Judith Godreche

Toutes les filles pleurent - Judith Godreche::

 

C’est un défi d’envergure, que de vouloir maîtriser de bout en bout la création d’un film, d’endosser la responsabilité triple de former un personnage sur le papier, de l’animer sur la pellicule et de lui prêter ses traits. Judith Godrèche est une habituée de la troisième épreuve, elle a passé la première quelques fois, en publiant un roman puis en participant à l’écriture des films où elle tournait ; quant à la réalisation, elle en est ici à son coup d’essai.


C’est pourtant par l’écriture qu’elle pèche le plus. Des personnages aux caractères insuffisamment dessinés échangent tout le long du film des répliques qui s’entrechoquent sans parvenir à faire jaillir le sens. Les mots font défaut, sont banals ou abrupts, souvent empruntés, ne sonnent pas juste. Toute discussion finit par prendre la forme d’un exercice d’acteur.


Les acteurs, quant à eux, ne semblent pas y croire non plus, tant leurs yeux se fixent trop souvent sur un point vague loin du plateau. L’innocence de Lucie manque de profondeur, sa rêverie est trop peu intérieure, et dans un film où, paraît-il, toutes les filles pleurent, pas une seule fois elle ne peut se contraindre à se mouiller les yeux. Eric Elmosnino ne parvient pas à faire oublier sa performance récente en Gainsbourg et flotte d’un bout à l’autre du film dans un nuage d’antipathie.


Pourtant, dans les interstices de silence, quand les voix trop connues ou trop incertaines se taisent et laissent place à l’image, le miracle a lieu. Au son des ballades folk de Julien Doré, étonnamment adéquates, les visages des acteurs se détendent, sortent de la torpeur où les plonge l’impuissance du langage, et la caméra se fait intime. Dans ces moments-là, l’atmosphère naît d’une mélodie ou d’une lumière, d’un regard soudainement naturel, d’un geste filmé avec grâce. Eux seuls laissent aux acteurs la latitude de faire preuve de talent, eux seuls permettent de comprendre l’attrait de la petite fille solitaire et naïve, en quête d’une volonté plus ferme dont elle ignore elle-même l’objet ; une enfant orpheline dont une femme tente péniblement d’émerger.


Desservi par un projet sans doute trop ambitieux de la part de Judith Godrèche, Toutes les filles pleurent n’est pas une réussite au point du vue du scénario ni au point de vue de l’interprétation. Bien autre chose qu’un échec pourtant, il est une promesse : c’est sous sa casquette la plus récente que Judith Godrèche offre ici la meilleure surprise, dans un film dont le point fort est, contre toutes attentes, la réalisation.


Anna Winterstein



Toutes les filles pleurent

De Judith Godrèche

Avec Judith Godrèche, Eric Elmosnino…

 

{dmotion}xcdk50{/dmotion}


Sortie le 31 mars

 

Articles liés

“J’attends que mes larmes viennent”, le spectacle à ne pas manquer au Théâtre Monfort
Agenda
110 vues

“J’attends que mes larmes viennent”, le spectacle à ne pas manquer au Théâtre Monfort

“Je ne sais plus si c’est mon histoire que je vous raconte. Mais je vous assure que je suis sincère.” Qui est Kamel Abdessadok ? Homme français d’origine algérienne, entre deux âges… De multiples identités et autant de personnages,...

“Astrakan”, le film poignant de David Despesseville en salle dès aujourd’hui
Agenda
103 vues

“Astrakan”, le film poignant de David Despesseville en salle dès aujourd’hui

Samuel est un orphelin de douze ans à l’allure sauvage, placé depuis quelques semaines chez une nourrice, Marie. Cette dernière, qui se débat entre ses sentiments et son besoin d’argent, est mariée à Clément avec qui elle a deux...

Florian Nardone dans “Not All Men”, un spectacle hilarant à la Nouvelle Seine
Agenda
102 vues

Florian Nardone dans “Not All Men”, un spectacle hilarant à la Nouvelle Seine

Les adeptes d’Instagram le connaissent sous le pseudonyme de Violente Viande, sur le mode de la parodie, il y disait tout haut les pires horreurs sur le monde, le féminisme, le racisme ou l’écologie. Voici maintenant Florian Nardone de...