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Vanessa Gildea : “Parfois, il est nécessaire de forcer les portes qu’on refuse de t’ouvrir”

17 juin 2020
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© Vanessa Gildea

Ambitieuse et engagée, Vanessa Gildea est une artiste soucieuse des inégalités au sein de la société. Polyvalente, elle touche à la réalisation, la production, l’écriture et l’enseignement. Elle défend la cause des femmes au sein de l’industrie cinématographique, en œuvrant pour des projets authentiques et riches d’humanité. Elle partage avec nous ses objectifs et ses valeurs. 

Quels projets te tiennent particulièrement à cœur ?

Je pense que le plus gros projet, c’est le film “Dambé – The Mali Project”. J’ai suivi Dearbhla Glynn, qui été au Festival au Désert auparavant. Elle voulait réaliser un documentaire mettant en parallèle la musique traditionnelle irlandaise et malienne. 2 musiciens irlandais ont ensuite rejoint l’aventure. Nous sommes allées là-bas par nos propres moyens, avant même d’avoir des financements. Le film a été nommé pour un IFTA (Irish Film and Television Award). C’était un temps incroyable. J’ai désormais la sensation d’avoir fait le portrait d’un pays socialement riche, qui n’est plus accessible aujourd’hui.

D’un point de vue symbolique et personnel, je dois évoquer “The Abandoning”. Ça me tenait à cœur de faire un film sur la maison de ma grand-mère, et sur mon père. Je voulais faire quelque chose pour marquer la vie de mon père. C’était quelqu’un de très ordinaire, mais qui est extraordinaire à mes yeux. C’est mon héros de la vie quotidienne.

© Vanessa Gildea

Quel est le film dont tu es la plus fière ?

Le film dont je suis la plus fière, c’est “The 34th”. Quand le mariage homosexuel a été légalisé en Irlande, une communauté LGBTQ+, militante, nous a demandé de faire un documentaire en guise d’héritage. Le film était alors centré sur le combat de deux femmes, Katherine Zappone et Ann Louise Gilligan. Toute cette histoire prend l’amour comme point de départ et d’arrivée. J’ai rencontré des femmes incroyables, engagées dans cette campagne et dans beaucoup d’autres, dont celle pour l’avortement. Elles ont dédié leur vie à ces causes. Elles sont brillantes et extraordinaires. C’était d’ailleurs un privilège de faire partie de cette aventure, et de pouvoir raconter leur histoire.

On aimerait que ce film continue d’être projeté dans des pays qui n’ont pas encore légalisé le mariage homosexuel. À cette époque, c’était notamment le cas en Irlande du Nord. On a organisé une projection à Belfast, et c’était puissant. Il a d’abord été projeté en avant-première du Annual Gaze LGBT Film Festival en 2017. Le documentaire a remporté plusieurs prix et a figuré au catalogue de Netflix pendant un an, c’était énorme. Pour nous, ça représentait une ouverture, un élargissement de l’audience et une accessibilité incroyable.

Tu es vice-présidente de la fondation “Femmes dans le Cinéma et la Télévision, à l’international et en Irlande”. En quoi consiste cette fondation ?

Cette fondation est internationale, et je travaille au sein de la branche irlandaise. Son but principal est de promouvoir une plus grande présence des femmes à l’écran, ainsi que derrière la caméra. Tous les membres sont bénévoles. Un de nos objectifs est de promouvoir l’égalité, notamment l’égalité des chances pour tous en matière d’emploi. On veut proposer un réseau d’opportunités pour les femmes dans l’industrie du cinéma et de la télévision. Nous organisons des évènements ainsi que des rencontres. Mais on fait surtout beaucoup de lobbying auprès du gouvernement pour des améliorations concernant l’égalité dans les financements. On promeut les accomplissements des femmes et plus particulièrement celles qui font partie de l’organisation. À travers de nombreuses recherches que nous faisons, on crée ensuite une nouvelle base de données sur les femmes dans l’audiovisuel.

Que penses-tu de la place des femmes dans l’industrie cinématographique ?

La situation est en train de changer. On est en train de voir une nouvelle vague de féminisme. Je pense que les femmes en ont marre d’attendre que les lois rattrapent leur retard, et exigent un changement immédiat. Tout cela naît d’une grande frustration venue du fait d’attendre que la société rattrape son retard. Parfois, il est nécessaire de forcer les portes qu’on refuse de t’ouvrir, je suis complètement d’accord avec ça.

Je pense qu’il y a beaucoup de changements, notamment en matière de financement. Tout le monde est conscient des partis pris sexistes, et des politiques de genres. Le problème avec la discrimination de genre, et probablement avec toutes les formes de discriminations, est que personne ne se rend compte qu’il y contribue. Pourtant ça existe. Ça signifierait qu’on le fait tous, qu’on y contribue tous. Le problème, c’est qu’il y a des formes de discriminations très évidentes, et visibles, mais il y en d’autres qui sont plus compliquées à souligner, à prouver. C’est la définition même du parti pris sexiste. Tu choisis l’homme, sans te rendre compte que c’est comme ça que tu contribues au système. Ou alors tu décides de travailler avec un réalisateur parce que tu ne connais aucune réalisatrice, mais elles sont là. Elles sont brillantes et compétentes.

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait entrer dans le monde du cinéma ?

Aujourd’hui, c’est le meilleur moment pour être une jeune réalisatrice. Grâce au lobbying, aux changements dans la société, il y a de plus en plus de financements pour les projets portés par des femmes. Les producteurs et les boîtes de production sont actuellement en recherche active de réalisatrices ou scénaristes féminines. Donc, c’est un temps incroyable.

Aussi, peu importe le métier que tu veux faire, poursuis ton but avec une détermination redoutable. Si tu veux être réalisatrice, ne perds pas de temps à être assistante ou productrice. Va droit au but, et utilise toutes les ressources qui existent aujourd’hui pour te construire un réseau.

© Vanessa Gildea

Qu’est-ce que tu aurais aimé savoir avant de commencer ta carrière ?

J’aurais aimé passer moins de temps à la production, alors que tout ce que je voulais faire c’était de la réalisation. C’est quelque chose que beaucoup de femmes font communément. Elles produisent, soutiennent les hommes qui réalisent. J’aurais aimé me rendre compte que j’étais aussi compétente, si ce n’est plus, que beaucoup d’hommes autour de moi. Mais il y avait tellement peu de modèles que je pouvais admirer.

Quand j’étais à l’université, il y avait peu de femmes irlandaises réalisatrices, qui avaient fait plus d’un film. C’est compliqué de se rendre compte que 95% des films sont réalisés par des hommes. Tu commences alors à te dire que ce n’est pas un travail de femme, peu importe ce que ça signifie. J’ai intégré, à tort, que la place des femmes était dans l’ombre, dans les coulisses, à faire en sorte que les rêves des hommes se réalisent. J’aurais aimé avoir un modèle, une femme comme mentor, ou une organisation. Être dans une pièce, entourée de femmes brillantes et inspirantes. Si tu le vois autour de toi, tu peux le faire.

Découvrez son travail sur son site internet.

Propos recueillis par Célia Taunay

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