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Coline : “Ce que l’on compose est plutôt original”

Léa Héron 13 mai 2020
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Coline

© Milena Delorme

Coline c’est une chanteuse et musicienne ambitieuse, pleine de vie, accompagnée de deux autres musiciens, Tazz et Berdy. Elle nous raconte aujourd’hui ses liens avec la musique classique, son amour de la musique électronique et le mélange des styles audacieux et savoureux qu’ils offrent tous les trois à leur public.

Comment as-tu commencé la musique ? Raconte-nous ton évolution.

Ma grand-mère jouait du piano, ma mère aussi, il y a toujours eu un piano à la maison. Je ne me souviens plus des premiers jours où j’ai tapé sur les touches. J’ai commencé les cours d’éveil musical à quatre ans, suivi de cours de piano durant quinze années. Comme tous les enfants, j’imaginais des histoires incroyables dans la cour de récréation et ça ne m’a pas vraiment quittée. Au collège, j’avais écrit une comédie musicale pour mes copines et moi, puis j’ai commencé à composer avec une autre amie qui jouait de la guitare. Au lycée, j’ai participé à un atelier musique grâce auquel s’est formé mon premier groupe de musique rock/pop, dont je préfère taire le nom (rires). On a fait quelques concerts via des tremplins ou des petites scènes locales. C’était le temps de la découverte importante du partage de la musique que l’on a composée, sur une scène, avec des copains très encourageants, jouant à celui qui criait le plus fort. Ce groupe rock/pop a pris fin quand nous avons quitté le lycée et commencé des études chacun de notre côté. Je suis rentrée en école de commerce et j’ai découvert l’univers des boîtes de nuit, la house et la techno, une révélation. C’est entraînant, redondant, violent et doux à la fois, ça me transporte. C’est ça que j’ai envie de composer. Après une enfance bercée par la musique classique, le rock anglais et la pop, me voilà finalement attirée par la musique électronique. C’est l’apparition des logiciels de création de musique électronique – assistée par ordinateur – accessibles. Une occasion que je saisis en me disant : “Évidement ! C’est pour toi, tu fais du piano, tu pourras jouer la basse, les médiums, les aiguës, avec l’instrument que tu voudras”. C’est une nouvelle découverte, je deviens un orchestre aux possibilités infinies, du bout de mes doigts. Mais je me rends compte que la musique électronique n’est pas vraiment appréciée par mon entourage. C’est un nouveau défi : réussir à la faire écouter et qu’elle soit appréciée par un public de non aguerris. Je décide de revenir dans un format pop, accessible, en gardant l’empreinte très électro. Et voilà, je compose de l’électro-pop.

Comment est né COLINE, votre projet actuel avec tes deux acolytes Théo Castillo alias Tazz, le bassiste et parfois chanteur, et Dylan Berland alias Berdy, le batteur ?

“Le piano, quel instrument formidable, il se suffit à lui-même”. J’ai souvent entendu cette phrase et c’est indéniable. Mais je m’ennuie, je me démotive. Je ne prends plus de cours de piano, mes idées ne sont pas confrontées à celles d’autres musiciens. L’excitation de la femme-orchestre est passée, j’ai envie de revenir à la musique live, travaillée, malaxée, étudiée et qui apporte une dimension scénique. J’ai envie de faire de la musique électronique en live. C’est décidé, je lance un appel sur les réseaux sociaux à la recherche d’un batteur qui possède une batterie électronique et d’un bassiste qui maîtrise la basse et le synthé. C’est l’amie d’un ami d’une amie d’un ami qui a tagué Théo Castillo et Dylan Berland. Il n’y pas qu’eux, je rencontre plusieurs candidats. Avec Tazz, c’est une évidence, il est calme, attentif, ouvert d’esprit, a envie de participer à de nouvelles aventures et avec une formation musicale solide. Nous faisons un essai avec un batteur mais ce n’est pas concluant. Tazz me parle alors de Berdy : “C’est un super copain d’enfance, excellent batteur, tu vas voir “. Effectivement ! En plus, il a une batterie électronique. Je leur donne rendez-vous la semaine suivante et depuis, rares ont été les semaines sans répétitions.

Comment définirais-tu le style de votre groupe ? Quel est votre processus de recherche musicale ?

Électro-pop ou pop-électro, j’aime parfois dire pop-house, parce que je ne crois pas que ce soit dans le langage courant. En effet, je pense que je peux me risquer à dire que ce que l’on compose est plutôt original. C’est enjoué, dansant, ça transpire la bonne humeur. Dans les bios officielles, nous n’avons pas de processus de recherche à proprement parler. Nous avons des styles d’écoute de musique très différents et nous apportons chacun notre esprit aux compositions. La seule ligne directrice à laquelle nous pensons régulièrement c’est : “Dans une salle avec un gros système son, ça va faire chanter et sauter les gens ça”.

Y a-t-il un morceau sur lequel tu prends le plus de plaisir à jouer ou qui est important pour toi et pour le groupe ?

Nos morceaux ont chacun leur histoire. Je vais choisir de parler de Viens Danse et Sytème, des compositions qui ont plusieurs années maintenant puisque je les avais composées seule, avec le piano et le logiciel. De ce fait, je pense qu’elles sont très abouties, d’autant plus qu’elles ont été repensées et améliorées par les garçons. L’autre dont j’ai envie de parler, c’est La Vie. Cette chanson porte bien son nom, avec des hauts et des bas. Elle vit véritablement, ne cesse de grandir et de gagner en maturité. Plusieurs fois, nous avons cru qu’elle était terminée mais elle a le don pour les revirements de situation !

Coline

© Intza Bagur

As-tu un moment favori entre la recherche, la création, les répétitions et la scène ? Qu’est-ce qui te motive au quotidien ?

Non, pour moi, chaque moment est important. Comment apprécier la scène sans avoir multiplié les répétitions avant ? Pourquoi répéter si nous ne prévoyons pas de scène ? Comment faire tout cela sans des moments de création ? En revanche, je sais ce qui me plaît le moins, c’est une fois la création faite, répétée et enregistrée, il faut ajuster, millimétrer la musique sur logiciel. Heureusement, chacun y met du sien et Tazz s’implique énormément dans l’arrangement final et le mixage de nos chansons. Ce qui me motive au quotidien, c’est de parvenir à une composition suffisamment aboutie pour que la famille, les amis et les personnes que nous ne connaissons pas puissent nous dire “C’est super, continuez !”, qu’il s’agisse d’un concert, d’une vidéo sur internet ou d’une sortie sur les plateformes de streaming.

Tu es très présente sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram. Penses-tu qu’aujourd’hui c’est un passage obligatoire pour se faire connaître ? Ou est-ce un choix personnel ?

Ah la la ! Les réseaux sociaux et les artistes … C’est un cercle vicieux ou vertueux, cela dépend. Quand on compose et interprète de la pop, pour un jour parvenir à l’objectif de “vivre de sa musique”, il faut connaître un minimum de célébrité. “Être connu” du “grand public” c’est être diffusé à grande échelle et les réseaux sociaux sont un premier pas. Mais en réalité, selon moi, c’est le système du serpent qui se mord la queue. Je suis sur Instagram parce qu’Instagram existe, je dois être présente sur Instagram, je n’ai pas vraiment le choix. Quant à Instagram, je crois qu’il existe parce que les célébrités existent… Mais il n’y a pas que ça : à cause ou grâce aux réseaux sociaux, l’industrie de la musique a évolué. Les labels ne prennent plus de risque en misant sur des artistes dans lesquels ils croient, mais qui sont inconnus. Un label, quand il reçoit un titre, s’il lui plaît, va jeter un œil sur le compteur de followers des réseaux sociaux. C’est un gage de qualité pour leur business. Réussir à intéresser par la musique, certes, mais par son image aussi. Parce que c’est cette combinaison qui fait vendre. Pour le contact avec le public, pour satisfaire les labels, pour accéder à des scènes plus importantes, Instagram c’est primordial, c’est comme un book. Et j’adore ça ! Je dois quand même le dire : ce n’est pas une contrainte, je reste moi-même et je partage du contenu selon mes envies du moment. J’étais assez réticente à ma présence sur les réseaux sociaux, j’ai eu Instagram en 2017, dix ans après tous les copains. Aujourd’hui, c’est l’outil que j’utilise le plus, je trouve ça super.

Pour finir, peux-tu nous parler de tes projets en cours et à venir malgré cette période de confinement ?

Malheureusement, tous les projets de concerts sont avortés, Tazz, Berdy et moi préparons des enregistrements studio pour les présenter à des labels prochainement. Une grosse actualité tout de même : le 1er mai, le titre Elle, de Pascal Léoty et Bassners, sur lequel je chante est sorti. Il suscite un engouement assez important, bientôt 465 000 vues en quelques jours. Quand le confinement sera terminé, je rêve que nous puissions le promouvoir sur quelques plateaux radio. Ensuite, j’espère que nous pourrons vite reprendre les répétitions et le jouer avec Tazz et Berdy cette fois !

Plus d’informations sur son compte Instagram et sur leur page Facebook.

Propos recueillis par Léa Héron

 

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