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Donamaria, entre ombre et lumière

Lucille Duthoit 24 novembre 2020
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© Robin Morgenthaler

Auteure-compositrice-interprète indépendante, Donamaria a affirmé son univers singulier et mélancolique dans Redmoon. Avec son nouvel EP Amnesya, elle propose de reconnecter l’humain à ce qu’il est profondément, en l’accompagnant sur un chemin introspectif.

 Peux-tu nous expliquer ce qu’est Amnesya ?

Je pars du constat que nous, les êtres humains sommes des amnésiques : on n’apprend pas de nos erreurs, du passé commun, ni de notre passé personnel. Amnesya est une métaphore entre cet état d’amnésie dans lequel on tombe tous involontairement et notre tendance individuelle à éviter d’affronter nos démons. Avec cet album, je voulais proposer de plonger dans cet état, en allant vers ce que l’on évite, parce qu’accepter d’aller mal peut aider à aller mieux.

Cet album, il met en scène des “démons” personnels ?

J’ai grandi dans une histoire familiale triste. Mais de manière générale, je suis sensible et assez anxieuse. J’ai souvent du mal à m’endormir. Dans l’introduction musicale, Amnesya, j’ai essayé de représenter cet état de pensée : on y entend un brouhaha. Et c’est ça, cet EP : moi je chante, mais je suis toujours escortée de mes pensées, qu’elles soient positives ou négatives. L’introspection est le seul moyen que j’ai trouvé pour mettre sur pause.

© Robin Morgenthaler

Quand tu parles de plongée, c’est une proposition pour le public qui t’écoute ?

Quand ça ne va pas, tu es face à toi-même et tu es foncièrement seul(e), même s’il y a des gens autour de toi. Alors oui, cet EP, il est là pour faire du bien, il est là pour dire “Allez viens ! Je te prends par la main et on y va. On plonge dedans, et on verra ce qui en ressort”.

Ton EP est composé autour de sonorités assez sombres. Est-ce représentatif de ce chemin introspectif ?

Quand je dis : “Aller dans la profondeur des abysses”, je parle vraiment d’aller au fin fond de ses tripes et aller chercher au fond des tiroirs qu’on a dans la tête. Ce n’est pas lumineux, mais je pense que c’est le meilleur moyen de se construire, d’évoluer, et aussi de retrouver une certaine légèreté, une lumière. En tout cas, cette acceptation – cette confrontation – m’a rendue plus forte.

De quoi t’inspires-tu pour écrire ?

Même si ça peut paraître un peu narcissique, je puise d’abord mon inspiration dans ma vie. Cet album est ma propre introspection. Toutefois, j’accepte de livrer des choses très personnelles, mais enrobées. Pour ça, je me suis surtout appuyée sur Baudelaire. Les Fleurs du Mal ne me quitte jamais. J’aime aussi beaucoup le chorégraphe Damien Jalet et sa manière de mettre en scène les corps, ou encore le style un peu creepy de Billie Eilish. Mes autres influences, qui ne sont pas forcément présentes dans l’EP : Mylène Farmer ou encore Woodkid. Dans mon téléphone, j’ai une note appelée “Humains inspirants”, une liste des personnes qui m’inspirent et qui me bercent. Et il y a du monde !

© Virgile Gesbert

Comment écris-tu tes chansons ?

Comme toutes les gamines, j’avais un journal intime, d’où ont émané des paroles. Je fonctionne de la même façon aujourd’hui. Mes textes sont issus de mes premiers écrits, instinctifs et bruts, retravaillés sur le plan structurel et stylistique : je cherche des métaphores, des images, des références philosophiques… En fait, j’essaie de nourrir mon texte, car j’aime qu’il y ait des choses cachées derrières et plusieurs lectures possibles.

C’est toi qui composes aussi ?

Il m’arrive de composer, mais ce sont plutôt des bases, des structures. J’ai un binôme de création : Robin, mon amoureux, mon complice, mon partenaire, et mon collègue (rires) est compositeur-arrangeur. Sur l’EP, Ennemi Féroce a eu une naissance particulière. J’avais réalisé une première maquette brute, et on a repris les idées ensemble pour la finaliser. Pour les autres titres, Robin m’a fait des propositions de bases musicales. Quand on travaille, on est l’un à côté de l’autre. J’essaie de lui expliquer les sonorités que je veux, ce que j’essaie d’exprimer. Ça fonctionne super bien car on est complémentaire.

Quel conseil donnerais-tu à ceux qui t’écoutent ?

Crateagus parle de terreur nocturne et d’anxiété. Pour anecdote, il y a un passage où je chante sur le rythme en morse du S.O.S. ; cette montée en pression, en angoisse, est un appel au secours jusqu’à la libération, qui se fait grâce à Crateagus, une plante apaisante vouée à calmer l’anxiété, la tachycardie et les palpitations du cœur. Cette chanson est un clin d’œil à mon grand-père, médecin, de qui j’étais très proche. Il est parti le jour de la Fête de la Musique, étrangement. Il connaissait bien cette plante, et pendant sa retraite il a traversé l’Atlantique avec un bateau qu’il a justement appelé Crateagus. C’est un joli symbole : la solution n’est-elle pas Crateagus, et toutes les choses qui font du bien dans la vie, comme la musique ou l’amour ?


Propos recueillis par Lucille Duthoit

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