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Stanley Zotres : “Le manager c’est le représentant, le négociateur et le bouclier de l’artiste”

© Alexis Vassivière

Stanley Zotres est un manager d’artiste, il manage à l’heure actuelle Isha, Green Montana et Gutti, 3 artistes belges. Rencontre avec ce passionné afin de mieux comprendre son métier.

Tu n’as pas toujours été manager d’artistes. Peux-tu m’expliquer ton parcours et ce que tu faisais avant ?

J’étais rappeur à Bruxelles dans un groupe qui s’appelle les Autres. Avec Yassin, un des membres du groupe on a sorti un street-album en 2008 qui s’appelait Savoir & égalité et un projet Soundcloud en 2012. Ça nous a permis de nous faire un nom et d’être respectés dans notre ville. Ensuite j’ai sorti une mixtape solo en 2010, ce qui a donné le même résultat que l’album avec Yassin. J’ai réalisé que préparer des projets dans sa globalité à cette époque, c’est une formation en accéléré de chef d’entreprise. Sinon de 2012 à 2015 je suis parti au Canada.

Comment tu définirais le métier de manager aujourd’hui ?

Le manager c’est le représentant, le négociateur et le bouclier de l’artiste. Quand l’artiste il doit dire “non”, c’est au manager de le faire pour protéger en quelque sorte l’image de l’artiste. Parce que quand on dit non pour un festival ou un featuring les gens le prennent  vite mal. Pour les affaires, le manager d’un artiste en développement doit trouver des partenaires afin de faire passer des caps et de négocier pour l’intérêt de l’artiste. De manière générale, le métier de manager, c’est défendre les intérêts des artistes et pour que ce soit bien fait, il faut bien comprendre l’homme qui est derrière et son projet de vie.

Est-ce que le fait d’avoir été un artiste t’aide aujourd’hui dans ta fonction ?

Oui, car je sais de quoi j’ai manqué, même si ce n’était pas la même époque. Comme j’avais tout fait tout seul, je savais que c’était dur et qu’un artiste  a besoin de toute une équipe pour aller loin. Je fais aussi ce métier par passion du rap, et cette passion je l’ai eu en rappant.

© Alexis Vassivière

Tu manages donc ISHA, Green Montana et Gutti, quelles relations tu entretiens avec eux ?

ISHA c’est mon ami depuis qu’on a 15 ans, on était à 2 écoles proches et chacun on était un peu le rappeur de son lycée ; on s’est rencontrés par ce lien et avec le temps on est devenus vraiment amis. J’ai commencé le métier de manager parce qu’il m’a justement demandé de l’aider ; on est un peu associés dans tout ce que l’on fait. Pour Green Montana, c’est ISHA qui m’en a parlé en me disant qu’il connaissait un jeune qui était vraiment fort et qu’il fallait faire quelque chose. J’ai tout de suite adoré sa musique donc on l’a convoqué à Bruxelles plusieurs fois et on a eu un bon feeling. Aujourd’hui je le vois un peu comme un petit frère, vraiment dans la bienveillance. Gutti c’est récent et là c’est moi qui ai appelé ISHA pour lui dire qu’il y avait un artiste vraiment bon. À Bruxelles, si on a grandi dans les mêmes codes, dans les mêmes quartiers on se comprend très vite, donc je sens que ça va faire comme Green, je l’aime beaucoup. Pour moi, bien sentir un artiste pour du management c’est primordial. J’ai rencontré des artistes vraiment talentueux mais avec qui je n’ai pas travaillé parce que je n’ai pas eu ce feeling.

Est-ce que tu pourrais travailler avec un artiste de manière strictement professionnelle ?

Pour le booking oui, mais pour la production et le management c’est impossible pour moi.

Pourquoi avoir fondé la structure North ?

On l’a créée pour avoir une structure légale autour de Green Montana afin de faciliter et crédibiliser les affaires. Ça c’est fait avec Six, qu’on connaît depuis des années et on avait besoin de son expertise en tant que directeur artistique. Il a amené sa femme qui elle a de l’expertise en journalisme, communication et marketing. C’est une affaire de famille.

La signature de Green Montana chez 92i, ça influence en quoi ton travail ?

On a gardé la production exécutive, donc c’est  North et 92i qui décident de la musique de Green Montana. Après c’est 92i qui produit financièrement l’artiste, donc on travaille avec eux sur les sorties et les musiques à garder pour les projets.

Est-ce que tu te donnes la même dose de travail pour tous tes artistes ? 

Je mets la même énergie, chaque jour je pense aux trois et à comment les faire avancer. On communique tous sur des groupes Whatsapp toute la journée sur l’avancement des projets. Mais après bien sûr quand il y a un single qui sort, je suis focus sur ça, c’est pour ça aussi qu’on essaie de pas sortir tout en même temps.

© Alexis Vassivière

Dans ton métier, qu’est-ce qui te plaît et déplaît le plus ?

Ce qui me plaît, c’est le fait de pouvoir rester moi-même, avec ma grosse barbe, mes trainings, mes baskets de toutes les couleurs dans mon bureau, dans la rue, au studio etc. Je ne dois pas jouer de rôle, je suis libre. J’aime le fait que chaque jour est différent, il n’y a pas de routine. Aujourd’hui je suis au bureau, demain je suis en concert, après-demain je suis en tournage par exemple. Sinon ce qui me déplaît c’est plus les faux-semblants de certaines personnes dans le milieu qui ne sont pas naturelles.

Qu’est-ce que tu dirais à un jeune qui veut faire du management d’artiste ?

Ce n’est pas un métier où tu te dis que tu vas devenir manager. C’est un métier où tu réalises quand tu es avec un artiste que tu as les qualités pour être son manager. Après avec de l’expérience tu peux te qualifier manager et que tu peux chercher  à travailler avec d’autres artistes. Donc je dirais au jeune de bien comprendre les envies de son ami et de ne pas oublier qu’il y a un humain derrière et qu’il faut agir en cohérence pour pas que les choix d’artistes impactent l’humain.

Propos receuillis par Corentin Bernard

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