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Anne-Joëlle Fleury : “La mise en scène, c’est ce qui m’a permis de ne plus avoir à choisir”

C’est sa curiosité pour la création artistique qui construira son cheminement vers la mise en scène. Anne-Joëlle Fleury n’est alors qu’âgée de 2 ans, lorsqu’elle commence à explorer les différentes formes d’art qui la suivront toute sa vie : la musique, la danse et le théâtre. Réunies à travers la mise en scène, découvrez les coulisses de sa prochaine production !

Pouvez-vous nous décrire votre parcours en quelques mots ?

J’ai été formée à la danse et à la musique : j’ai commencé le piano à 2 ans et la danse à 3 ans. Pour ce qui est du théâtre, j’ai fait 3 ans au Cours Florent, puis j’ai eu quelques projets. J’avais aussi suivi la formation de notateur chorégraphique pour pouvoir être répétitrice : la notation du mouvement Benesh, qui est un système pour écrire les partitions de danse. Je suis arrivée à la mise en scène il y a quelques années, en commençant par être assistante pour des spectacles professionnels. Je lance maintenant ma première mise en scène musicale, tout en étant assistante à la direction technique pour l’Opéra Royal de Versailles à côté.

La mise en scène c’est le “truc” parfait pour moi car ça réunit tout ! D’autant plus que la notation me permet de prendre très rapidement des notes de l’espace, du plateau, de qui est où, dans quelle direction, etc.

Comment êtes-vous tombée dans la mise en scène ? Qu’est-ce qui vous passionne dans ce domaine ?

La mise en scène, c’est ce qui m’a permis de ne plus avoir à choisir. Dans la danse, contrairement à ce que l’on peut croire, il y a peu de rapport à la musique donc je cherchais toujours des projets avec des musiciens en parallèle. Du coup, à chaque fois que j’allais trop dans une direction, j’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose. Finalement la mise en scène de spectacles musicaux, comme les opéras, me permet de tout conjuguer : la danse, le théâtre, la musique. Ça me permet aussi de faire ce que j’aime le plus, c’est-à-dire être “les mains dans le cambouis”, être dans le studio avec les artistes et dans la préparation du spectacle : faire sortir de terre le spectacle qui n’existait pas avant et le travailler ensemble.

J’ai aussi beaucoup aimé être assistante à la mise en scène. Ça permet de se décharger de toutes les responsabilités artistiques et de participer aux répétitions ainsi qu’à la création, mais dans un rôle moins stressant que celui de leader. J’ai notamment travaillé avec la metteuse en scène Mirabelle Ordinaire, que j’aime beaucoup et qui fait un super travail.

Pouvez-vous nous détailler les missions “types” d’un metteur en scène ?

La mission c’est d’être là à chaque étape et de réfléchir ensemble, d’accompagner les artistes, les “diriger” au sens noble. Dans le spectacle dont on va parler juste après, je suis aussi scénographe et costumière, j’ai tout inventé et pensé. Les missions types c’est donc aller à la recherche des meilleurs tissus, des meilleures coupes, chercher les patrons, les accessoires… Et c’est aussi très excitant ! Sur la partie scénographie et costume, j’ai une assistante qui me seconde pour le côté matériel. J’avais une idée précise de ce que je voulais et après lui en avoir parlé, elle a fait les dessins. J’ai tout conçu : les décors, la manière dont ils sont installés sur scène, les costumes, les groupes, les chorégraphies, etc.

Pour une opérette, il y a quand même une partie théâtre et une partie musique où il faut ajouter du mouvement au chant. C’est plus un travail de chorégraphe que je fais de ce côté-là. Je dois écouter les musiques, réfléchir à des chorégraphies, essayer de conceptualiser puis en arrivant devant eux, essayer de mettre tout ce monde au diapason et en mouvement de manière synchronisée. C’est un sacré challenge !

Concernant la pièce Barbe-Bleue, que le public aura l’occasion de voir à partir du 13 mai au Théâtre Armande Béjart, pouvez-vous nous parler des difficultés rencontrées lorsqu’on monte un projet de cette envergure ?

La première difficulté c’est qu’il s’agit d’un projet amateur mais à un niveau professionnel. Les comédiens ne sont pas totalement dédiés à ça dans leur vie donc la fatigue est différente. L’exigence est professionnelle mais le niveau, l’implication, le temps de travail, eux sont amateurs. Le temps de travail et les moyens sont moindres également. Le budget est par exemple très limité par rapport à un spectacle qui serait professionnel. Les fonctions sont aussi divisées, ce qui est super ! Chacun met la main à la pâte et se donne mais du coup, c’est très morcelé donc ça prend forcément plus de temps.

La seconde difficulté c’est la pièce en elle-même. C’est une opérette qui est vraiment “bouffonne” et qui a été écrite au XIXe siècle pour se moquer de cette époque. Quand on remonte une pièce comme ça aujourd’hui, les références ont complètement changé. C’est l’une des difficultés : rendre actuel quelque chose qui ne l’est plus du tout ! C’est un vrai challenge et je n’ai pas vraiment réécrit mais j’ai transposé l’action. Elle n’a donc quasiment pas changé mais elle est placée dans un autre système spatio-temporel : l’intrigue se déroule dans un autre pays, à une autre époque, mais c’est exactement les mêmes rapports sociaux, les mêmes liens entre les personnages et la même histoire. On a essayé de garder l’esprit au maximum, tout en le rendant accessible et attrayant. Quand il y avait des références un peu trop relatives à l’époque et que les gens d’aujourd’hui ne peuvent pas comprendre, on les détourne. Les gens vont rire, mais pour une autre raison : des références gardées mais détournées.

Que diriez-vous aux personnes qui hésitent encore à venir voir ce spectacle ?

Déjà c’est un genre, il faut voir une opérette au moins une fois dans sa vie. Ensuite, s’il faut voir une opérette, il faut voir une opérette d’Offenbach parce que c’est le maître en la matière. De plus, Barbe-Bleue est très peu jouée. C’est assez rare de voir cette opérette à l’affiche de théâtres, professionnels ou non, justement parce qu’elle est assez complexe.

Je dirais aussi que la troupe Oya Kephale, avec laquelle on monte cette pièce, est vraiment super. Ça fait 25 ans qu’ils existent, ils chantent très bien, ils sont drôles, motivés et hyper contents d’être là, donc ils donnent vraiment la pêche. C’est une pièce vivante, drôle, excitante… Enfin, on ne s’ennuie pas !

J’ajouterais enfin que le spectacle est joué au profit d’une association, qui s’appelle l’Association pour l’Amitié (APA) et qui met en place des colocations entre des jeunes pro et des SDF en situation de réinsertion. Le principe de la troupe Oya Kephale, c’est qu’elle est à but caritatif. Quand on monte un spectacle, le but est donc de reverser la totalité des bénéfices à une association, différente chaque année.

© Oya Kephale

N’attendez plus, réservez vos places pour le spectacle ici !

On vous laisse également les liens vers les comptes Instagram, Facebook, et le site Internet de la troupe pour en savoir plus.

Propos recueillis par Julie Corbou

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