Bruno Beltrao – Cracks – Centquatre et Théâtre de la Ville
Ayant grandi dans la favela, Bruno Beltrao a commencé la danse dans la rue, conformément aux stéréotypes, et ce à Niteroi, près de Rio. Sa compagnie s’appelle Grupo de Rua. Mais dès qu’il s’est mis à produire des spectacles, il a pulvérisé les codes du genre.
Tourner sur la tête ou sur le dos, voilà qui ne l’intéresse qu’à condition de détourner le vocabulaire de la danse urbaine, pour l’amener ailleurs, plus loin, au-delà des stéréotypes, dans des images éclatées, souvent présentées dans un silence où le bruissement des semelles au contact du sol est l’unique son audible.
Ayant étudié la philosophie et l’histoire de l’art, Beltrao crée images et sens, dans une forme qui réinvite les images-type, après les avoir déconstruites. Sweat et capuches pour le code vestimentaire, attitudes machistes et agressives comme reflet de la réalité sociale sont bien là, mais ici cette imagerie surgit de temps en temps pour alimenter une réflexion à leur égard. Car ce qui intéresse Beltrao dans le Hip Hop, c’est uniquement l’aspect plastique. Les tableaux qui surgissent du noir et du rien, le rapprochent plus d’artistes plasticiens ou visuels, du Bauhaus aux arts numériques.
En Europe, chacun qui a vu un spectacle le Beltrao n’est pas près de l’oublier. Au Brésil, il a créé une véritable école. D’autres chorégraphes comme Vanilton Lakka sont à l’œuvre pour engager, à travers le Hip Hop et sa déconstruction, une réflexion sur les arts en général. Avec Cracks, Beltrao fait un pas de plus. Le processus de création même remet en question le fonctionnement et les codes de la scène Hip Hop. Qu’est-ce que la création ? L’artiste annonce publiquement avoir récupéré l’intégralité du matériel chorégraphique chez d’autres B-Boyz, sur internet. Mais est-ce que la culture des danses urbaines n’est pas quotidiennement confrontée à ce type de « pillage », ce qui constitue sa force identitaire et sa cohésion?
Ce qui plus est, cette pièce serait en constante évolution. Elle est donc un organisme vivant, et d’autant plus vital que son titre inclut un « dança morta ». Et il est vrai, elle peut rappeler une danse macabre, un rituel et une réflexion sur l’usage de la drogue, en particulier le Crack. Mais après avoir été amenée sur le terrain de l’abstraction, après avoir été « crackée » par l’éclatement des figures et des images, la danse chez Beltrao est toujours, et sera toujours: du Hip Hop!
Thomas Hahn
Cracks
De Bruno Beltrão et Grupo de Rua
avec Bárbara Lima, Bruno Duarte, Cleidson Almeida, Jonathan Canito, Joseph Antonio, Luiz Carlos Gadelha, Leonardo Galvão, Leonardo Laureano, Leandro Rodrigues, Ronielson Araujo “Kapu”, Samuel Lima, Sid Souza et Thiago Lacerda
Le Centquatre
Les 26 et 27 novembre 2013 à 20h30
Théâtre de la Ville
Du 3 au 6 décembre 2013 à 20h30
www.theatredelaville-paris.com
[Visuels : © beaborgers Kunstenfestivaldesarts]
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