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    Dairakudakan, des Japonais bien déjantés

    Thomas Hahn 20 novembre 2017
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    "Paradise" de Dairakudakan © Hiroyuko Kawashima

    Trois spectacles, un film et la sortie d’un livre: La compagnie Dairakudakan débarque pour marquer Paris de son fer rouge, ardent comme le soleil levant de l’empire nippon. Dans leurs spectacles underground se chevauchent des images fantasmagoriques et loufoques, où le butô revêt les couleurs du New Burlesque. Avis aux chercheurs de sensations fortes!

    Avec eux, le butô, c’est show! Jusqu’à la dernière fibre de sa moelle épinière, Akaji Maro, fondateur de la compagnie Dairakudakan, incarne tout ce qu’il y a de grotesque, grimacé, burlesque et grinçant en matière de butô. Et c’est tout sauf une imposture.

    Nous sommes au cabaret, et l’une des origines du butô se situe bien là. Car cette danse si particulière, qui fut d’abord une culture purement underground, est aussi née dans certains clubs de Tokyo, sous l’égide de Tatsumi Hijikata, le père fondateur de ce mouvement artistique.

    “Paradise” © Hiroyuko Kawashima

    La compagnie butô du moment

    Fort de ses soixante-quinze ans, Akaji Maro n’incarne que plus grotesquement ses personnages de drag queen, de seigneur des ténèbres ou de revenant, baroque ou blanchâtre. Son visage est l’un des plus marquants de la planète artistique. Avec ses yeux, noirs comme deux cavités macabres, l’icône Maro incarne une sorte d’antithèse underground de Karl Lagerfeld.

    Dairakudakan était quelque peu tombée dans l’oubli, quand la Maison de la Culture du Japon à Paris a  commencé à inviter la compagnie de Maro de nouveau, remettant cette troupe historique sur orbite. Aujourd’hui, le public parisien est conquis. Avec ses revues déjantées, Dairakudakan est la compagnie butô du moment. Pourquoi?

    “Paradise” © Hiroyuko Kawashima

    Peau nue et poudre d’or

    A la grande différence avec la célèbre compagnie Sankai Juku à l’esthétique pure et spirituelle, Akaji Maro mélange garçons et filles, avec humour et autodérision, en grossissant les traits de tout et de chacun.e, à commencer par les siens. Le résultat est une sorte de manga dansé, ténébreux et hilarant.

    Dairakudakan revient aujourd’hui à Paris, pour un véritable portrait de cette compagnie, avec leurs deux dernières productions, accueillies à La Maison de la Culture du Japon, et le fameux « Crazy Camel », un hommage à l’univers si parisien du Crazy Horse où les interprètes, nus mais poudrés d’or, relookent le cabaret et le butô à la fois. On aimerait voir un jour ce « Kimpun Show » (kimpun désigne la poudre d’or) sur la scène même du mythique cabaret parisien. Mais il vaut bien le détour à la Maison de la Musique de Nanterre a le bonheur de le recevoir les 15 et 16 décembre.

    “Crazy Kamel” © J. Matsuda

    Démons vs paradis

    Dans « Paradise », Akaji Maro s’entoure de vingt danseurs et déclare qu’il considère le paradis comme une maladie, au même titre que la paranoïa. Aussi quand il donne sa propre vision du paradis, il crée une fresque aux images baroques et burlesques dont chacune dépasse l’imagination. L’effet est d’autant plus inoubliable qu’on n’a que peu d’idées pour imaginer à quoi ressemblerait  cet endroit pourtant si convoité.

    L’image qu’on se fait du diable est d’autant plus claire, et Maro en personne lui donne un visage saisissant. Le maître fondateur n’est plus le seul chorégraphe de sa compagnie. C’est en particulier la jeune Naomi Muku qui signe régulièrement des créations de Dairakudakan, ce qui lui a valu le Prix du meilleur espoir 2016, décerné par l’Association des critiques de danse du Japon. Elle présente « Asura », une pièce qui évoque les démons de la cosmogonie bouddhique, êtres malfaisants et belliqueux et pourtant représentés avec des visages d’une grande douceur.

    “Asura” © Naoko Kumagai

    Un livre, un film et Jeff Mills de Detroit

    Le butô ne cesse de jouer sur ces contrastes, entre terreur et beauté, entre vulgarité et sublimation. Et c’est toujours la part noble qui l’emporte, d’autant plus que son anathème s’attache à elle tel un écho résonnant à l’infini. Mais personne n’explique mieux son art que Maro lui-même, et on peut désormais le lire en français, grâce aux entretiens dans l’ouvrage « Danser avec l’invisible », publié par Aya Soejima aux éditions Riveneuve.

    Cerise sur le gâteau: Le film « Planets », œuvre cinématographique de Jeff Mills, pionnier de la musique techno de Detroit. Mills, qui signe aussi certaines musiques de « Paradise », vient en personne pour assister à la projection exceptionnelle de cette évocation de notre système solaire et de ses planètes, incarnés par les danseurs de Dairakudakan.

    Thomas Hahn

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