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Découvertes circARAssiennes – Haspop et son nouveau “Cirque du Grand Lyon”

Zoé Količ 5 janvier 2022
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Danseur et directeur artistique de plusieurs superproductions du mythique Cirque du Soleil, nous partons à la rencontre de Hassan El Hajjami, de son nom de scène Haspop, désormais fondateur de la compagnie Cirque du Grand Lyon. Cette compagnie est née du désir de présenter au public un cirque moderne, qui mêle à la fois la danse et le cirque, grâce à des artistes talentueux venant principalement du Cirque du Soleil.

Hassan El Hajjami a multiplié les projets artistiques de tous bords, télévisés, musicaux ou encore ses propres créations comme BiblioTEK.”BiblioTEK” c’est l’histoire d’un jeune garçon qui se retrouve emporté dans un univers merveilleux par le biais d’un mystérieux livre où il fera la rencontre de personnages surprenants. Hassan El Hajjami livre une partie de son histoire dans ce spectacle tout en s’inspirant de ses multiples expériences, afin de présenter une création dont il rêve depuis des années.

Comment as-tu rencontré la danse ?

A la base je suis boxeur. Mon meilleur ami dansait dans la rue, et j’allais souvent le voir. A 20 ans je lui ai demandé de me montrer comment on faisait la vague, et à partir de là ça a coulé en moi. Comme on dit, c’est le métier qui te choisit. Ensuite j’allais tous les jours à l’Opéra de Lyon pour danser avec lui, un an après j’étais champion de France puis champion d’Europe de popping*.

* Style de danse rattaché au hip-hop, basé sur une technique de contraction et décontraction des muscles, réalisée en continu au rythme de la musique.

Et Le Cirque du Soleil, comment c’est arrivé ?

On m’a repéré sur Youtube dans des compétitions et on m’a contacté pour venir à une audition sur Paris. Je ne savais pas du tout pour qui c’était mais j’y suis allé. Le rendez-vous était à 9h et je suis arrivé à 11h. Je ne savais pas trop quoi dire parce que j’avais pris le train en fraudant et je m’étais fait attraper par les contrôleurs. Alors j’ai dit “Arrêtez tout ! C’est moi qu’il faut prendre !”. Il y avait mille danseurs dans la salle, il se sont tous arrêtés et il se sont tournés vers moi. Le dépisteur Michel Laprise s’est approché, il m’a demandé qui j’étais et il m’a dit d’aller me placer. C’était tellement ironique ce que j’avais fait qu’il en a rigolé. Le deuxième jour de l’audition je devais rentrer à Lyon parce que j’avais des engagements, alors qu’il ne restait qu’une cinquantaine de candidats. Michel Laprise m’a dit qu’il fallait que je reste pour attendre la réponse du metteur en scène. Je lui ai dit que je ne pouvais pas et avant de partir je lui ai quand même demandé s’il pouvait me donner 50€ pour payer mon billet de retour. A cette époque j’avais vraiment du culot !

Deux semaines plus tard, on m’a demandé de venir à Montréal pour rencontrer le metteur en scène. En arrivant devant le bâtiment, je vois inscrit “Cirque du Soleil” mais je ne percute toujours pas. Dans la salle, je vois soixante-dix artistes avec maquillage et costumes, en train de gesticuler dans tous sens. Puis quelqu’un dit “Arrêtez la musique ! Il est arrivé ! La star du spectacle vient d’arriver !”. Tout le monde se tourne vers moi. Je fais tomber mes bagages, au micro c’est Dominic Champagne, le metteur en scène et à côté de lui, Paul McCartney. Il vient vers moi, il me prend dans ses bras et il me dit “C’est toi ! On te connait ! On a vu ta vidéo et on a adoré, on avait hâte de te voir ! Félicitations !”.

Et de là, le rêve a commencé.

Là-bas tu as été artiste et directeur artistique. Comment ça s’est enchainé ? 

J’ai été artiste pendant quatre ans pour le Cirque du Soleil, sur le spectacle “Love” des Beatles. En parallèle, je faisais des soirées dans un night-club qui s’appelle “Révolution”. Comme avec le Cirque on faisait toujours la même chose sur scène, avec des artistes on s’est dit qu’il nous fallait un hobby, quelque chose d’autre pour nous nourrir artistiquement. Pendant un an, on se réunissait tous les premiers lundis du mois et on faisait des mini-shows qui changeaient une fois par mois. On a transformé la boîte en petit théâtre.

Ensuite j’ai conçu plusieurs ouvertures de shows pour le Cirque. Il y a eu “Elvis”, “Zarkana”, “Michael Jackson ONE” et plusieurs autres. Puis en 2014 le Cirque m’a contacté pour faire “Light”, le plus gros night-club de Las Vegas, avec un budget de 15 millions de dollars. Pendant deux ans j’ai travaillé avec les plus grands DJs de la planète (David Guetta, Black Eyed Peas, Swedish House Mafia …) pour leur ouverture de show. Je créais des tableaux chorégraphiques où je mélangeais du hip-hop et du cirque. En 2016, on m’a donné la mise en scène de “One Night for One Drop”, qu’on a joué une fois, pour récolter 6 500 000 $, qu’on a reversé au Burkina Faso. C’est vraiment avec cette création que je suis rentré dans la cour des grands.

A 33 ans j’étais le plus jeune metteur en scène du Cirque du Soleil. En 2017 il y a eu l’aventure “Jump”, un spectacle sur les cascades où on m’a appelé en catastrophe pour présenter un extrait de futur spectacle à vendre au patron du MGN, le plus gros groupe hôtelier de Las Vegas. En 20 jours pour 20 min de show, j’ai mélangé le cirque, le hip-hop, la moto et les cascadeurs. Finalement, ça a été une standing ovation et le groupe a signé un contrat de plusieurs millions de dollars. En 2018 j’ai signé la chorégraphie et la mise en scène d’une dizaine de spectacles à Monaco où j’ai écrit tout un concept sur la principauté de Monaco. Puis en 2020, le covid est arrivé et j’ai décidé de créer ma compagnie Cirque du Grand Lyon.

Comment s’est passé le montage de ta compagnie ? Tu n’avais pas peur que ça ne marche pas ? En plein covid quand même !

En fait c’est comme si je retournais à la source. Je revenais des États-Unis avec de l’expérience, avec la force de frappe du Cirque du Soleil. Je voulais partager ma passion avec la nouvelle génération. Je ne me suis pas posé de questions. J’avais toujours une petite voix dans ma tête qui me disait de lancer ma compagnie et de faire un spectacle à Lyon. En dix ans je ne l’avais jamais fait. Le covid m’a permis de rentrer à la maison mais je me tournais les pouces. Je suis quelqu’un qui créé tout le temps, alors je me suis lancé, j’ai cherché des artistes sur les réseaux, et il y a en qui m’ont répondu. C’était principalement des artistes du Cirque du Soleil, qui se trouvaient aussi sur Lyon. On s’est rencontré, on a discuté et c’est parti comme ça.

Avec la compagnie je me rends vraiment compte qu’être artiste est plus facile que d’être  directeur artistique. Artiste c’est ta passion : tu arrives, tu déballes et tu remballes, et tu dors bien la nuit. Alors que directeur artistique tu déballes pas et tu dors pas la nuit. C’est pas le même travail mais c’est la même passion.

Comment s’est déroulé le processus de cette première création “BiblioTEK” ?

En réalité, ça fait dix ans que j’ai ce concept en tête. Je ne l’ai jamais vendu au Cirque parce que j’adorais cette idée de voyage à travers les livres. C’est comme si le public voyageait à travers nous. Je trouvais que c’était un beau moyen de s’exprimer. Puis ça fait partie de mon histoire, quand j’étais petit j’allais à la bibliothèque de Bron et je me demandais si c’était moi qui allais choisir le livre ou si c’était le livre qui allait me choisir. Je me demandais si ça allait changer le cours de mon histoire. C’est ce que j’ai vécu que j’essaie de raconter dans ce spectacle. Après je me suis quand même adapté sur de nombreux points; je fait à ma façon, en fonction du budget. Avec une grosse production ça aurait été tout à fait différent.

Mais les contraintes nous pousse à faire de belles choses, ça nous emmène quelque part d’autre. C’est ce que j’aime dans la création, on part avec une idée, mais si ce rêve n’est pas possible il faut s’adapter. C’était ça mon boulot, faire en sorte que les gens puissent rêver à travers mes créations, tout en restant dans le budget prévu. Et finalement avec pas grand-chose on est arrivé à faire de la poésie. Je trouve que ça nous a vraiment enrichi, intellectuellement et artistiquement. Avec de la passion et presque rien on peut réussir à faire rêver les gens. C’était notre challenge et je crois qu’on y est arrivé.

© Léa Chillet

Pourquoi en tant que danseur tu as monté une compagnie de cirque ? Qu’est-ce que le cirque t’apporte plus que la danse seule ?

Quand je suis arrivé au Cirque, ça m’a ouvert les yeux. Une explosion à l’intérieur de moi. En France j’étais ouvert au contemporain et aux arts urbains que je mélangeais déjà.

A Paris, bien avant le Cirque du Soleil, j’ai été dans un spectacle qui s’appelait “Le charmeur de serpent” comme danseur, avec un chorégraphe qui s’appelle Faizal Zeghoudi. Dans cette création on m’a dit qu’il fallait faire du contemporain et qu’on passerait dans les théâtres. C’est vraiment une expérience qui m’a formé. Quand je suis arrivé au Cirque j’ai pris une claque monumentale. J’étais avec des artistes de cultures différentes, les meilleurs mondiaux, et on était en train de travailler tous ensemble. J’ai trouvé que c’était vraiment beau tous ces artistes qui vivent de leur passion pour ne faire plus qu’un. C’est à Las Vegas, pour “One Night for One Drop” que j’ai réussi à marier ces deux arts, à mélanger du cirque avec du hip-hop. Tout ce que j’avais acquis avec le night-club, les openings, l’Opéra de Lyon et les contemporains, c’était un bagage que je n’avais pas encore mis en ordre dans ma tête. J’ai créé un tableau qui s’appelait “Amazone” où une fille était accroché par la nuque et tournait dans les airs. En dessous d’elle il y avait un danseur hip-hop qui tournait sur la tête. Les deux artistes étaient donc à un mètre, créant les opposés. J’ai mis dix danseurs hip hop à côté qui tournaient sur le dos, dans les airs il y avait aussi quatre filles qui tournaient et sur l’écran derrière, j’ai projeté une tornade. En plus de ça, j’ai dit à mon compositeur d’accélérer la musique sur trente seconde pour qu’à la fin on ne comprenne plus la musique. Ça a créé un charivari extraordinaire et grâce à ce tableau j’ai eu une standing ovation au milieu du spectacle. Alors je sais qu’aujourd’hui tout le monde mélange ces arts, mais moi ça fait dix ans que je fais ça ! Et je vois des inspirations de mes spectacles et mes vidéos. Mais c’est une vraie fierté, de toute façon tout le monde s’inspire de tout le monde, je n’ai rien inventé. Moi-même je me suis inspiré, et j’ai réussi à mélanger ces deux arts et faire que ça fonctionne.

Y’a-t-il des projets futurs pour la compagnie ?

Alors ce n’est pas signé, mais très bientôt on va monter un festival de cirque, “Cirque du Grand Lyon fait son festival”. On espère aussi une belle tournée, internationale on croise les doigts ! Ensuite sur Pierre-Bénite, Bron, Bourgoin-Jallieu et Belleville-en-Beaujolais on a déjà des stages d’initiation au hip-hop et au cirque dans les écoles. Les cours seront assurés par les artistes de la compagnie ou moi-même en alternance. Je vais également assurer une formation auprès de chorégraphes dans laquelle je vais expliquer comment on monte une création, comment on choisit ses artistes, comment on écrit une histoire, etc … C’est un partage d’expérience pour une même passion, et ça me plait beaucoup.

© Léa Chillet

On peut effectivement dire que ton parcours a été dense et mouvementé !  Tu aurais une dernière histoire à raconter ? 

J’en ai une effectivement ! C’était sur le spectacle “Love” des Beatles. J’étais en train de danser et j’ai repéré une quinzaine de sièges vides avec une seule personne au milieu. La scène est en 360° et comme il y a 2500 spectateurs par spectacle quand il y a quinze sièges ou il n’y a personne ça se remarque. Normalement c’est toujours plein, alors quand je faisais mon solo j’ai senti ce vide. Je me suis interrogé et à la fin du spectacle, mon technicien est venu me voir et m’a dit “Hassan, il y a Michael Jackson, il veut te voir”. J’ai rigolé et j’ai continué ce que je faisais. Il a insisté, je l’ai suivi et devant moi effectivement il y avait Michael Jackson. Il m’a fait pleins de compliments, il m’a demandé “D’où tu viens ?! Ou tu as appris à danser comme ça ?! Comment tu fais la tête qui tourne ?!”.

C’était comme un rêve éveillé et encore maintenant, je ne m’en suis pas remis !

Pour en savoir plus sur la compagnie, c’est ici !

Propos recueillis par Zoé Količ

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