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Isabelle Huppert en Marie Stuart par Bob Wilson

© Lucie Jansch

Souveraine, hiératique, la comédienne retrouve le metteur en scène qui l’avait dirigée dans Orlando et dans Quartett. Elle y incarne Marie Stuart dans un monologue vertigineux de Darryl Pinckney, une suite de flash-back projetés dans le désordre comme des bombes à retardement. Bob Wilson la dirige avec un formalisme esthétique qu’elle s’approprie de tout son corps pour crier la souffrance d’une reine malgré elle. Un travail d’épure.

La reine Isabelle

Isabelle Huppert est Marie Stuart, reine d’Écosse et des îles britanniques née en 1542, qui fut aussi reine de France, ballottée entre catholiques et protestants, condamnée par Élisabeth Ire à être exécutée à la hache pour avoir comploté contre elle, après avoir subi dix-huit années d’emprisonnement, plusieurs mariages, d’innombrables ennemis et surtout après avoir vécu enfermée avec elle-même dans des châteaux médiévaux, écrivant des lettres de toute beauté qui furent retrouvées au XIXe siècle. Une énigme, une sainte, une sorcière, une femme en tout cas trop tôt confisquée à l’enfance et qui n’a pas eu le temps, en portant sa couronne à 1 an, de saisir l’insouciance de la jeunesse. L’immense comédienne interprète un monologue de 86 paragraphes, souvenirs emmêlés qui reviennent en boucle, s’échappant par hoquets d’un texte mystérieux écrit par Darryl Pinckney.

Marionnette cérébrale

Pour interpréter ce puzzle complexe, à la rationalité en miettes, son metteur en scène Bob Wilson l’a dirigée comme une danseuse. Bras dans le dos, ou en couronne, buste penché, elle se pose dans l’espace ou traverse la scène à la manière d’une poupée en robe de diamants. Les mots qu’elle prononce, parfois de manière confuse en raison d’une sonorisation trop forte, ressemblent à des cris de douleur, à des frustrations cruelles, où se mêlent la solitude du pouvoir et de la rivalité et celle des jalousies et des amours malheureuses. Huppert, le visage souriant ou grimaçant sous une lumière blanche, le corps cassé ou cavalant à un rythme insensé, en reculant ou avançant en diagonale sur le plateau, ressemble à une poupée mécanique usée par un trop-plein de frayeurs et d’énergie. Ce qu’elle accomplit est assez phénoménal, compte tenu des contraintes techniques sonores et visuelles imposées par ce spectacle.

Une actrice avant tout

On pourra s’agacer d’un texte qui se prend trop au sérieux, qui répète à l’infini des rengaines et des fantasmagories. On admirera en tout cas l’actrice, l’énergie et l’engagement qu’elle met dans ce travail immense, celui d’un personnage agité par les soubresauts de l’Histoire, les rivalités des pays, qu’elle incarne ici de tout son corps, voix blanche ou furieuse, hurlante ou désirante, jambes en folie et bras en croix. Le cérébral ici se fond avec le corps, corseté mais libéré et tremblant sur la scène. Comme quelqu’un qui perdrait soudainement le contrôle de lui-même, d’un état, d’un empire. Malgré une musique parfois trop présente de Ludovico Einaudi, Isabelle Huppert fait vivre son personnage de manière totalement unique, sidérante, entre raison et folie. Son adresse au roi Henri III en français dans le texte, avant d’être exécutée, est mémorable.

Hélène Kuttner 

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