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Lorsque l’exil se partage en WhatsApp

© Matthieu Edet

Comment mettre en forme une discussion WhatsApp pour l’art ? La metteuse en scène Clea Petrolesi nous fait oublier la barrière entre les disciplines : du numérique aux planches, de la photographie à la réflexion philosophique, Enterre-moi mon amour narre l’exil de Dana et Kholio, en route pour l’Allemagne.

Épopée

Dana a 24 ans lorsqu’elle décide de partir de Syrie avec son beau-frère Kholio de Damas. Tous deux diplômés, elle d’un master d’anglais, lui de droit, ils partent pour vivre. Nash, le frère de Dana les attend en Allemagne. Ils communiquent avec WhatsApp pour garder les liens fondamentaux avec leur famille : c’est à partir de cette conversation que tout se joue, se photographie, se met en lumière, en musique. Les 203 captures d’écran de leurs échanges en arabe expriment angoisses et espoirs. Et nous touchent.

« Sous des allures faussement anodines, ce récit rend compte d’une odyssée tristement contemporaine », commente Clea Petrolesi. Si nous sommes martelés d’informations déroutantes sur la Syrie, peu d’artistes se sont encore emparés du sujet. Cette pièce relève le défi. Et l’auteur nous dévoile plus qu’un simple exil : un récit profondément anthropologique.

© Matthieu Edet

Polyphonie

Le récit est brut car la réalité est brutale. Mais la discussion WhatsApp nous rapproche de ces migrants anonymes. Ce format original nous donne un aperçu de cette « aventure » qui heureusement pour eux, se termine bien. Ils ont effectivement survécu.

Entre interrogations et quête de survie, le récit traduit la pensée de jeunes enfants ou préadolescents : pourquoi n’ont-ils pas pris l’avion pour venir en Europe ? Comment se fait-il qu’ils connaissent Starbucks et Burger King ?

© Matthieu Edet

« Ces interrogations m’amènent à rêver un spectacle où couleurs, images projetées, images papier, extraits sonores, mots, voix et corps coexistent comme une partition polyphonique », explique Clea Petrolesi qui pointe l’ineptie de certaines politiques et l’inaction européenne, mais parvient quand même à nous faire rire de ce drame, comme avec le vendeur de gilets de sauvetage.

Derrière le récit de l’exil : une réflexion profonde sur l’exil comme condition de survie et, au-delà, sur la condition humaine. Ce voyage change à jamais, Dana et Kholio, ainsi que leur famille. Nous comprenons mieux les enjeux de cette guerre fratricide qui les a poussés à l’exode, les risques et les conséquences aussi. « Avec ou sans téléphone, on quitte toujours une humanité », comme dit le grand-père de Kholio.

Louis Chiffoleau

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