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    “Dancefloor memories”, dernier tango à la Comédie-Française

    1 avril 2015
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    dancefloor

    Dancefloor memories

    De Lucie Depauw

    Mise en scène d’Hervé Van der Meulen

    Avec Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Hervé Pierre

    Travail chorégraphique : Jean-Marc Hoolbecq

    Spectacle dédié à Dominique Constanza

    Jusqu’au 10 mai 2015

    Du mercredi au dimanche à 18h30

    Tarifs : de 9 à 20 €

    Durée : 1h10

    Réservations au
    01 44 58 98 58

    Comédie-Française
    Studio-Théâtre

    99, rue de Rivoli
    75001 Paris

    M° Palais Royal
    (lignes 1 et 7)

    www.comedie-francaise.fr

    Deux hommes et une femme d’un âge très avancé. L’un d’eux perd la mémoire et la frontière de l’infidélité, pour la première fois, est franchie. Cette situation douloureuse, fin de vie et maladie d’Alzheimer, est ici mise en mots et en scène sous le signe de l’enjolivement. Les trois comédiens étant beaux et bouleversants, on se laisse prendre au jeu mais on peine à imaginer ce qu’il resterait sans cette distribution superbement trompeuse.

     
    Le dispositif est simple, trois hauts miroirs qui renvoient les trois personnages aux partitions parallèles et une piste de danse aux douces nuances de ciel automnal. La parole imbrique récits et dialogues, hors de la logique du temps. On ne saisit pas d’emblée qui sont ces personnages – Marguerite, Pierre et Gary –, ni où ils sont, les acteurs étant beaucoup plus jeunes que ceux qu’ils incarnent. Passé ce moment flou, on comprend que Pierre, dont la mémoire flanche, est marié à Marguerite, qui, pour la première fois de sa vie, va être infidèle en se laissant aller dans les bras de Gary. Les souvenirs sont longuement évoqués par bribes qui passent de l’un à l’autre des protagonistes. À ces tranches du passé se mêlent les émois liés à la rencontre toute fraîche entre Marguerite et Gary.

    Dancefloor_MemoriesTant et si bien que la thématique de l’infidélité est abordée de front avec la thématique de l’âge avancé. Pourquoi pas, mais cette double proposition textuelle reste en elle-même assez superficielle sur tous les plans, passant de l’une à l’autre avec peu de pertinence si ce n’est que la femme en question rabâche le propos de sa mère selon lequel une femme doit rester fidèle. Et c’est comme dans les romans pour jeunes filles que surgit Gary qui, en dépit de l’âge, est un homme très séduisant, d’où le péché accompli par bonheur. Il faut en convenir, sans le jeu des comédiens et la mise en scène qui triche volontairement sur l’âge et donc les corps, la situation de haute sensualité ne tiendrait pas longtemps.

     
    Marguerite, jouée par Elsa Lepoivre, et Gary, interprété par Christian Gonon, se livrent à des danses de salon d’une grande élégance et leurs corps, dans cette chorégraphie réussie, tracent superbement la ligne du désir. On succombe à cette parade amoureuse où tous deux sont délicatement sensuels et physiquement dignes de jeunes et raffinés tourtereaux. Évoluant à côté ou autour d’eux, Pierre, joué par Hervé Pierre, est bouleversant, maintenant un tempo et un regard qui traduisent la perte de mémoire et tout ce qui s’ensuit de bonhomie quasi-enfantine, sorte de tendresse naïve et désarmante, infinie humanité au bord d’un précipice au-dedans. Finalement, ce trio, où la danse est mise au premier plan, offre un mouvement impeccablement réglé et émouvant. Les véritables enjeux de la vieillesse et de la perte de la mémoire sont évacués au profit d’un attendrissement soigné sur fond d’infidélité de conte de fées.  

     
    Émilie Darlier

     
    [Photos © Cosimo Mirco Magliocca – coll. Comédie-Française]

     

     

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