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    « Carmen(s) », explosion(s) de liberté(s) féminine(s)

    Thomas Hahn 5 février 2018
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    CARMEN(S) Chorégraphie Jose Montalvo © Patrick Berger

    A Chaillot, José Montalvo déclenche une vague puissante et joyeuse, un véritable tsunami chorégraphique. Avec une énergie irrésistible, neuf Carmen revendiquent la liberté de danser et de jouir, quand et comment bon leur semble. Mais elles ont beau crier leur désir de liberté, « Carmen(s) » – succès énorme – libère la danse avant tout.

    CARMEN(S) Chorégraphie Jose Montalvo © Patrick Berger

    « Carmen(s) » ne prétend pas relater la nouvelle de Prosper Mérimée, ni de coller à son esprit. Dans cette nouvelle création de José Montalvo, l’une des plus riches de son parcours, une Carmen puissance 9 (4 Espagnoles, 2 Françaises, 2 Coréennes, 1 Japonaise) affronte une gente masculine puissance 7 (seulement, mais augmentée de leurs capacités breakdance et autres styles hip hop à couper le souffle).

    Elles sont certes des ouvrières en lutte pour leurs libertés ardemment désirées. Mais elles portent déjà les tenues rouge feu de la victoire. Cette danse est de l’énergie pure, libre et authentique. Ni flamenco, ni ballet, ni danse contemporaine. Juste des fontaines qui jaillissent tel des éruptions volcaniques, explosives et parfois acrobatiques. On se laisse emporter, mais on est aussi troublé, voire perturbé.

    CARMEN(S) Chorégraphie Jose Montalvo © Patrick Berger

    Carmen, l’internationale

    Chez Montalvo, Carmen ne chante pas l’Internationale, elle est internationale! Espagnole, bien sûr. Mais aussi Française et même Coréenne. Elle chante « Si je t’aime, prends garde à toi », en toutes les langues. Mais quelle que soit leur culture, les Carmens sont habillées en rouge, du bikini au tailleur. Imagine-t-on une Carmen habillée en gris, en jaune, ou en ocre?

    Un stéréotype, le rouge? Certes, mais ici il sort victorieux d’une bataille qui se déroule toujours entre personnes de même sexe. Et quand les femmes se crèvent le chignon, elles en viennent aux mains, au couteau et au taekwondo. Mais « seulement » dans une vidéo. On les trouve ici rouges et donc rebelles, révolutionnaires mais pas communistes. Montalvo pense plutôt à Louise Michel ou Camille Claudel et aux danseuses qui ont milité pour la liberté féminine, d’Isadora Duncan à Loïe Fuller, pour prendre des repères dans l’histoire de la danse.

    Revendications

    On a beau vivre en pleine tourmente #metoo, quand les femmes revendiquent le droit de jouir de leur corps comme bon leur semble, on touche à une remise en cause d’une mise sous tutelle millénaire. Et pourtant, aussi belles soient-elles, aussi beaux soient-ils, « Carmen(s) » raconte l’excitation, mais ne passe pas à l’acte, même pas à celui de la séduction. L’énergie du spectacle exprime toute la force du désir, mais parle avant tout du désir de vivre. Et donc de danser.

    Il y a dans « Carmen(s) » quelque chose de révolutionnaire dans la façon d’envisager un spectacle de danse devant un millier de personnes. L’idée d’une revue est là, sous-jacente mais constamment déjouée, dynamitée. On pense à l’esprit irrévérencieux de Chaplin dans « Le Grand Dictateur ». Beaucoup d’humour à la surface, un vrai chef-d’œuvre burlesque, et pourtant un uppercut anti-autoritaire.

    CARMEN(S) Chorégraphie Jose Montalvo © Patrick Berger

    Miracle coréen

    Ne demandons pas trop à un spectacle de danse. Il ne peut pas changer le monde. Il peut seulement changer la danse. « Carmen(s) » pulvérise les conventions, mais il n’y aura pas de rassemblements anti-José, ni sur le plateau ni dans la rue. Juste de l’émerveillement devant les diatribes vocales et chorégraphiques espagnoles ou devant la finesse du duo de Coréennes, danseuses et percussionnistes, entre tradition du Matin Calme et déchaînement à l’occidentale.

    Montalvo les a récupérées de la compagnie nationale de danse de Séoul avec laquelle il avait créé le mémorable « Shiganè Naï », récemment présenté à la MAC de Créteil. Elles ont même amené leur tambour traditionnel qui est une attraction à lui tout seul. Et cette découverte du calme intérieur de l’Asie a visiblement changé la manière de travailler de José Montalvo. Jamais avant on n’a vu chez lui autant d’énergie produire une orchestration aussi limpide et efficace, jusque dans l’utilisation de la vidéo, ici d’une pertinence totale dans la forme et sur le fond. La philosophie profonde et la force de « Carmen(s) » puisent directement à la source de la vie.

    Sans doute, la pertinence de cette revue rebelle, a-t-elle également à voir avec le fait que le couple Carmen-José renvoie directement à l’histoire familiale du chorégraphe. Sa grand-mère, féministe catalane, s’appelait…Carmen! Et de sa mère, danseuse, il conserve des photos où on la voit dans le rôle de…Carmen! « Elle a participé à des spectacles semi-professionnelles auxquels j’ai assisté à l’âge de 7 ans. Elle aussi est une femme rebelle, enthousiaste, féministe », confie-t-il. Avec « Carmen(s) », sa mère et sa grand-mère ne peuvent qu’être comblées et ultra-fières de leur petit José. Et le monde de la danse est plus riche d’une liberté excitante!

    Thomas Hahn

     

     

     

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