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    Cannes 2019, épisode 4 : la superbe

    Lucile Bellan 23 mai 2019
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    Nombreux et nombreuses sont les festivaliers à admettre que Cannes 2019 était une grande année. Les films présentés en compétition étaient majoritairement de très grande facture et on peut imaginer sans mal que certains feront date bien au-delà du festival et de leur présence (ou de leur absence) au palmarès. 

    Niveau météo, Cannes 2019 a été une année printanière avec ses averses fournies, ses rayons de soleil timides et son petit vent frais. On notera que l’autrice de ces lignes n’a pas été victime de son traditionnel « rhume de Cannes ». Au pire, j’ai effectué quelques pulvérisations d’un produit pour la gorge de type phytothérapie. Et c’est tout. Le palmarès viendra bientôt mettre un point final à la sélection officielle. Moi, je vais en garder comme chaque année un léger mal à l’épaule (valise trop lourde), deux ampoules (très douloureuses), des émotions de cinéma (rires et larmes) et quelques notes glissées çà et là dans mon portable et sur mon carnet de route. 

    • Être assise sur les barrières me donne mal au fessier. 2h40 d’attente.”
    • “Une journaliste est en train de lire How to Fail et j’essaye de ne pas le prendre comme un signe” (juste avant la projection de Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, où je suis finalement entrée)
    • “Le silence dans la salle au moment où l’équipe du film entre. Un silence juste avant les applaudissements” (juste avant la projection de Matthias et Maxime de Xavier Dolan)
    • “Aux toilettes, une femme lave des myrtilles avant la projection du film de Desplechin”
    • “Livre dans la file d’attente des Misérables : Trotsky : Litterature and revolution”
    • “Cannes est-il le meilleur ou le pire endroit pour ressortir ses t-shirts de cinéma ?” (réflexion avant Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin)

    J’ai également noté consciencieusement les morceaux entendus dans les films qui m’ont le plus marquée comme une petite playlist de ce Cannes 2019 :

    • Et si tu n’existais pas de Joe Dassin dans Le Daim (Quinzaine des réalisateurs)
    • Tous les cris les SOS de Daniel Balavoine (fin de soirée de la Quinzaine des réalisateurs)
    • Ève lève-toi de Julie Pietri (soirée ACID à 1h du matin)
    • N. J Respect R de Damso dans Zombi Child (Quinzaine des réalisateurs)
    • The Passenger d’Iggy Pop dans Les Siffleurs (compétition)
    • Tchiki boum de Niagara dans Perdrix (Quinzaine des réalisateurs)
    • Les Quatre saisons de Vivaldi, concerto en G minor RV 315 L’estate Presto dans Portrait de la jeune fille en feu (compétition)
    • Could it be Magic de Barry Manilow dans Chambre 212 (Un certain regard)
    • I’m Still Standing dans Rocketman (hors compétition – morceau interprété par ma colocataire à n’importe quelle heure du jour et de la nuit depuis la projection du film)

    Cannes 2019, c’est aussi comme d’habitude ses soirées, ses promenades dans la nuit, ses manifestations sur la Croisette, ses starlettes, ses journalistes fatigués, ses engueulades entre inconnus à cause de la pression et du stress. C’est aussi les restaurants italiens, les bagels et les paninis. C’est aussi les amis qu’on ne voit qu’une fois par an ou presque, à 900 km de Paris, comme si c’était plus facile de se voir dans le sud de la France que de caler un apéro dans le XXe arrondissement. C’est la promiscuité qui crée un sentiment de dépendance puis de rejet. C’est l’envie de rentrer à la maison. 

    J’ai vraiment le sentiment que, cette année, quelque chose a changé. Il y a eu la soirée du collectif 50/50 en faveur d’une réflexion et un long combat pour l’égalité et la diversité dans l’industrie du cinéma. Il y a eu la manifestation en faveur de la légalisation de l’avortement en Argentine sur le tapis rouge au moment de la présentation du documentaire de Juan Solanas Que Sea Ley. Il y a eu les œuvres fortes de Mati Diop, Jessica Hausner, Céline Sciamma et Justine Triet. Il y a eu des cinéastes et des comédiennes engagées et bien décidées à revendiquer une place. Après la rédaction d’une enquête sur le manque de femmes critiques, j’ai aussi pris conscience un peu plus de l’importance de faire entendre ma voix. J’ai décidé que mon avis comptait autant que celui de mes confrères. Je crois que je ne suis pas la seule. Après le choc de l’affaire Weinstein, je crois que nous sommes maintenant dans des temps de construction. Et les années à venir s’annoncent donc plus excitantes encore. C’est une vraie révolution qui s’est enclenchée dans le cinéma autant que dans la société.

     

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