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    Manon Lanjouère : “Je suis une sorte de metteur en scène pour la photographie”

    Claire Eouzan 17 février 2021
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    Manon Lanjouère

    Manon Lanjouère © Sasha Marro

    Manon Lanjouère invite le spectateur à réfléchir sur sa relation à l’environnement. Rencontre avec cette artiste de 28 ans, avant de découvrir certaines de ses œuvres lors de l’exposition collective du Prix ICART Artistik Rezo 2021, pour lequel elle est candidate.

    Peux-tu présenter ton parcours ?

    Je me suis formée à la Sorbonne en Histoire de l’art pendant trois ans avant d’intégrer les Gobelins, l’école de l’image en photographie, dont je suis sortie en 2017. Depuis, j’ai exposé mon travail dans de nombreux festivals en France et à l’étranger et j’ai eu ma première exposition personnelle en 2020 à laMaison Européenne de la Photographie. Mon travail commence à rentrer dans les collections d’institutions et il sera prochainement présenté au Jeu de Paume.

    Quelle est ta démarche artistique ?

    Pour parler de mon travail, j’aime bien dire que je suis une sorte de metteur en scène pour la photographie. Je viens du milieu du spectacle et la notion de décor est très importante dans mon travail, dont le fil rouge est la fiction. Il s’agit souvent de fictions à thématiques scientifiques qui invitent le spectateur à réfléchir sur sa relation à l’environnement. Dans ces fictions, l’utilisation de faux documents est un réel leitmotiv et me permet de questionner le médium photographique, de jouer avec. C’est justement à travers ces documents que j’invite le spectateur à prendre une part “active” au récit que je tisse et à réfléchir aux contenus des images.

    Que souhaites-tu que le public retienne de tes œuvres ?

    Je voudrais qu’il se souvienne de la notion de construction des leurres photographiques comme questionnement perpétuel du médium photo. Autre point à retenir : la sortie de l’aspect mécanique de ce médium et l’entrée dans un monde fictif.

    The Blue Marble, Manon Lanjouère

    The Blue Marble, extrait de la série La Mécanique Céleste, 2019 © Manon Lanjouère

    Quelle est l’œuvre (ou série) dont tu es la plus fière ?

    C’est une question difficile, mais je dirais que dernièrement j’affectionne particulièrement la pièce The Blue Marble, que j’ai réalisée en 2019 et qui reflète assez bien ma pratique photographique. Il s’agit d’une référence à la première photo de clair de Terre vue depuis le sol lunaire. On y retrouve l’usage de faux (l’image composite représentant la bille bleue), la thématique astronomique, bien sûr, et l’aspect installation, puisque l’image créée a été imprimée sur une plaque de marbre bleu soutenue par un socle en roche représentant le sol de la Lune.

    Quelles sont tes références ?

    Un mélange d’illustrations et de photographies scientifiques datant du XIXe siècle, principalement de l’astronome Camille Flammarion. Je suis aussi très inspirée par le spectacle vivant, la notion de mise en scène en espace, Pina Bausch et son mari Rolf Börzik, qui était le set designer de toutes les productions duTanztheater Wuppertal jusqu’à sa mort en 1980.

    Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

    Je travaille sur un nouveau projet de fiction appelé Mémoire d’un Futur, qui est lauréat de la bourse “image 3.0” du CNAP et qui sera présenté au Jeu de paume à l’automne. Le projet met en scène une fiction de colonie lunaire, un récit prenant comme point de départ les futurs projets spatiaux. En détournant l’iconographie abondante su XIXe siècle qui érige l’explorateur en figure emblématique de la société, le projet a pour dessein d’interroger les ambitions de l’espèce humaine à s’approprier le monde, tout en essayant de questionner la notion de progrès dans l’avancée scientifique.

    Lac d’iceberg de Jökulsarlon, Série Bleu Glacé, Lexique des paysages islandais, 2016

    Lac d’icebergs de Jökulsarlon, Série Bleu Glacé, Lexique des paysages islandais, 2016 © Manon Lanjouère

    Avec quel(s) artistes aimerais-tu exposer un jour ?

    Dans une vie complètement utopique, j’adorerais exposer avec Roni Horn ou encore Marco Tirelli, deux artistes qui m’ont beaucoup influencée.

    Quest-ce que demain(s) t’inspire ?

    L’urgence du changement. L’injonction de repenser l’organisation de notre société, une société plus à l’écoute de la nature, je l’espère, une société qui saurait être en écho avec son environnement.


    Propos recueillis par Claire
     Eouzan

    Plus d’informations sur le travail de Manon Lanjouère

    Sa participation au Prix ICART Artistik Rezo

    Exposition collective en ligne du 5 au 7 mars

    Remise des Prix dimanche 7 mars à 15h30

    Les modalités d’accueil du public susceptibles d’évoluer en fonction des contraintes gouvernementales (précisions et mises à jour en ligne)

    Un événement organisé par des étudiants de l’ICART, l’école du management de la culture et du marché de l’art

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