Le livre de ma mère – Théâtre de l’Atelier
Il y a plus de trente ans, Patrick Timsit a ouvert un livre qu’il n’a jamais refermé depuis : un chant d’amour et de deuil à la gloire de la mère perdue, un monument de mots élevé par l’un des plus grands stylistes français. Dernièrement, il est devenu l’ami de Dominique Pitoiset, dont il a découvert l’univers créatif sur Cyrano de Bergerac, avec Philippe Torreton. Timsit a attendu des années de savoir avec qui travailler autour du Livre de ma mère. Le verbe de Cohen, l’émotion de Timsit, la rigueur artistique de Pitoiset nous donnent rendez-vous pour un moment de théâtre qui promet d’être exceptionnel.
Daniel Loayza
Avec Le Livre de ma mère, tout à coup, le vacarme du monde reste à la porte. L’écrivain la referme, le silence se fait. La solitude est comme ressaisie, creusée, approfondie. Et avec elle, un manque impossible à combler.
Le deuil de la mère.
Les chapitres du Livre de ma mère sont comme des respirations. Albert Cohen écrit comme on respire, c’est-à-dire quand il en a besoin (un besoin vital). Il n’exécute pas un programme, ne raconte pas une histoire. C’est plus une succession d’états qu’un récit. Parfois une anecdote affleure, des incidents remontent à la surface. Mais la mémoire de l’écrivain suit ses méandres sans sacrifier aux nécessités d’une histoire. Nous n’avons pas à être plus exhaustifs que lui. Nous allons nous laisser porter, Patrick et moi, par ce courant…
Un petit homme, donc, un petit prince, aurait peut-être dit sa mère, qui marche sur la vaste croûte terrestre. Il ne se regarde pas faire, il ne s’écoute pas parler. Cherchant ses mots, il s’adresse à nous. Evoquant sa mère, convoquant le public. Il peut le faire, il doit le faire, parce qu’il est seul. Un cœur mis à nu, sans caméras, sans miroirs, sans médiations. Sans narcissisme. Et lucide, sans les facilités de la misanthropie. Démuni, abandonné.
Dépouillé.
Dominique Pitoiset
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