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    Jerry Gogosian, la critique d’art digital et les jeux de pouvoir

    6 janvier 2022
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    © @jerrygogosian sur Instagram

    Le monde de l’art contemporain se transforme sans cesse. Depuis l’émergence des NFT, de l’art algorithmique et du “digital art” – zones jadis en friches qui gagnent cependant de plus en plus de terrain dans le milieu traditionnel des galeries d’art – une nouvelle forme de critique apparaît progressivement sur Instagram, organisée autour du concept “d’humour des initiés” et d’anonymat. Coup de projecteur sur le cas Jerry Gogosian, chef de file du mouvement. 

    Jerry Gogosian

    Jerry Gogosian, de son vrai nom Hilde Lynn Helphenstein, est la tête de proue de ce nouveau mouvement qui utilise le “meme” comme médium ironique, souvent contentieux, pour exposer de façon sensationnaliste les codes et dérives du marché international de l’art.
    Ses thèmes préférés sont les peintures encore mouillées, les contrats de parrainage, la fausse lutte contre l’urgence climatique, et surtout l’hypocrisie d’un marché où tout se paie mais rien n’est officiellement à vendre. En effet, le thème sous-jacent du compte Instagram de Jerry Gogosian semble être que l’art est devenu une commodité comme une autre.

    Une identité secrète… mais ?

    Au cœur de cette critique se trouve la sulfureuse figure de Hilde Lynn Helphenstein, qui a souvent maintenu son anonymat, comme prérequis pour continuer de pénétrer les hautes sphères du monde de l’art, et en livrer ses secrets au grand public. Jusqu’en 2020, tout semblait aller. La page de son compte Instagram dépassait les 100 000 abonnés, tandis qu’elle continuait de travailler dans sa galerie nommée HILDE. Mais Kenny Schachter, éditeur en chef de la plateforme en ligne ArtNet, cherche quelqu’un pour travailler sur son stand à la Felix Art Fair, organisée à Los Angeles. Un ami lui souffle alors le nom de Helphenstein, qui accepte à condition qu’un de ses artistes, marié à une riche héritière, fasse partie du stand. Schachter est furieux, il décide donc de publier leurs conversations dans son media et de dévoiler ainsi l’identité derrière le compte Instagram de Jerry Gogosian. En représailles, la galeriste organise une soirée durant laquelle elle aurait tenté de discréditer son adversaire… en vain.

    Une micro-critique décalée… mais ?

    Le média de Jerry Gogosian se veut transparent, en déconstruisant les codes d’un secteur d’activité élitiste. Cependant, il semblerait que la critique digitale des arts cache elle aussi des intérêts divergents, où l’anonymat est une stratégie comparable à celle employée par des artistes comme Banksy, ou encore certains investisseurs, pour développer des rapports de force dans l’élite du marché de l’art. Les participants du milieu semblent disséminer de plus en plus de secrets de Polichinelle pour passer sous silence certaines pratiques douteuses, comme l’entassement d’œuvres d’art dans des zones de transit ou le népotisme de certains participants.
    En réalité, les voiles qui pendent devant cet anonymat n’ont pas uniquement une dimension symbolique. En effet, le développement légal des normes “Know Your Customer”, qui existent déjà dans le secteur bancaire, sont progressivement en train d’arriver dans les ventes d’art. Cela risque d’éloigner certains investisseurs peu scrupuleux qui, après la crise de 2008, ont investi des sommes colossales dans des œuvres contemporaines, considérées alors comme des valeurs refuges, et surtout opaques. Il va donc de soi que certains acteurs tentent d’entretenir le statu quo.

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