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Rencontre avec l’artiste-peintre Bolotin : “J’aime dénaturer le réel”

Julian Debiais 14 juin 2021
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Artiste-peintre ukrainienne, vivant à Paris, Bolotin produit des toiles qui plongent le spectateur dans un univers surréel, elle nous raconte sa passion et nous explique son univers.

Comment vous est venue la passion de la peinture ?

La majorité des personnes développent un intérêt ou une passion très jeune, ce n’était pas mon cas. J’avais du mal à trouver véritablement un sujet qui me passionne. Je développais un intérêt pour diverses choses mais mon attention n’était retenue que sur une courte période, je me lassais très vite. Une seule chose était pour moi certaine, un jour j’aurais le déclic et je me passionnerais pour quelque chose. Cet évènement qui est venu bouleverser ma vie, n’est arrivé que tard. À l’âge de vingt-cinq ans alors que je venais d’achever mes études, j’ai commencé à me remettre en question et me poser plus de questions existentielles. Je suis passée par différents domaines artistiques comme l’écriture. Je commençais déjà à avoir un penchant pour le surréel, et cette tendance s’est confirmée avec la découverte d’un artiste. Un soir, dans un état légèrement second, j’ai découvert une toile de Jackson Pollock qui a littéralement retenue mon attention pendant des heures. J’ai compris alors que cette dimension aléatoire me permettait de voir des choses que j’étais seule à comprendre. Le lendemain, je suis partie me chercher des feuilles, des crayons, des aquarelles et je me suis mise à dessiner.

Quelle est votre processus créatif ?

Je suis une artiste autodidacte, ce qui me laisse une liberté totale dans mes actions. À la différence des artistes d’écoles, je ne suis pas formatée à certaines techniques, ce qui me permet de peindre avec différents objets, travailler avec différents matériaux, je ne suis absolument pas limitée. Je suis en constante recherche de techniques. J’aime également partir de quelque chose de concret, peindre à partir de forme ou créer non pas à partir de rien mais trouver des solutions. Au début, par manque de moyens, j’allais chez les bouquinistes des quais de Seine prendre des livres de photos et peindre directement dessus. Par la suite, j’ai développé ma technique mais je pars toujours du concret pour aller vers l’imaginaire et le surréel, j’aime dénaturer le réel. C’est un aspect que je trouve plutôt philosophique que de voir une forme ou un objet et de chercher à voir autre chose.

© Julian Debiais

Quelles sont vos inspirations artistiques ?

J’ai l’impression que nous sommes tous inspirés par notre vécu et nos expériences, et je pense que je puise une grande partie de mon inspiration dans des rencontres, des émotions. Je suis également inspirée par la ville en elle-même, ce que je peux voir dans les craquelures d’un bâtiment, les tâches sur le sol, des détails qui ont pour moi leur importance. Pour ce qui est de la peinture, je me sens proche du surréalisme, le dadaïsme, tout ce qui s’éloigne du réel et qui fait appel à mon imaginaire. Je me sens touchée par des artistes comme Dalí, Basquiat, Bacon, c’est ce genre d’artistes qui me passionnent. J’aime énormément parler d’arts et échanger avec des personnes sur leurs intérêts qu’ils soient musicaux, cinématographiques, ou toute autres formes d’arts. J’essaye d’en apprendre le plus possible.

Êtes-vous en immersion lorsque vous peignez ?

Pour moi dans la peinture, je ne recherche pas tellement l’immersion même si j’y arrive par moments. Peindre, c’est quelque chose de vital. Je sais que si je ne peins pas pendant un certain temps, je bous de l’intérieur. Tout ce que je vois ou ce que je vis, s’extériorise sur mes tableaux, que ce soit positif ou négatif, même si j’essaye de ne pas véhiculer de sentiments négatifs dans mes toiles. La peinture est pour moi véritablement un travail, je me sens bien lorsque je termine un tableau, j’ai le sentiment du travail bien fait tout du moins qui me plait. Si je devais retrouver cette notion de l’immersion, je l’associerais à la musique, c’est véritablement synonyme de création. Elle me permet de me plonger dans une toile et elle me côtoie tout au long de mon processus créatif.

© Julian Debiais

Est-ce que cet état d’immersion se rapproche d’un état de méditation ?

Si je ne bloque pas sur un élément du tableau, alors mes pensées m’envahissent et je digère mes émotions, mes souvenirs, mes idées en regardant mon pinceau glisser sur la toile. Le tableau est une construction, ce qui est au début sera sans doute totalement différent à la fin. Il y a des moments plus passifs, mais il y a surtout des moments de réflexion et de prises de décision où l’on ne peut pas penser à autre chose qu’a sa toile. 

Vous êtes Ukrainienne mais vous vivez en France, sentez-vous ces influences dans votre peinture ?

Je ne saurais quoi répondre, je n’ai pas tellement cette notion en tous les cas je ne le sens pas. Quelqu’un d’extérieur serait mieux placer pour répondre à cette question. Je me sens un petit peu, du fait de ce mélange et de mes rencontres, citoyenne du monde. Je ne m’attache pas dans l’art à une culture ou à une autre, l’art brise les frontières.

© Julian Debiais

Y a-t-il un message que vous souhaitez faire passer à travers vos toiles ?

Mes toiles sont mon principal intérêt dans la vie. Dans mes toiles, on retrouve souvent une thématique animale en plus du surréel, cette existence me passionne. On retrouve également des idées sur des questions existentielles :  Sommes-nous seuls dans l’univers ? Qu’est-ce qui fait le hasard ? Qu’est-ce que l’univers ? Ce sont des thématiques qui reviennent souvent dans mes toiles.

Retrouvez le travail de Bolotin sur son Instagram


Propos recueillis par Julian Debiais

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