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Jade Mathieu : “Je n’avais encore jamais vécu une expérience comme celle-ci”

© Jade Mathieu

Rencontre avec Jade Mathieu, jeune Française expatriée à Montréal, qui vient de finir ses études de cinéma à l’Université de Montréal. Elle revient ici sur son parcours et nous parle de son documentaire Québec Jam, réalisé l’hiver dernier, ainsi que de sa passion pour la photographie argentique.

Peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours ? 

Je m’appelle Jade Mathieu et je suis originaire de Toulouse mais je vis à Montréal depuis quatre ans. J’ai fini mon bachelor de cinéma à l’Université de Montréal au printemps dernier. Aujourd’hui, je travaille dans le monde du cinéma et de la vidéo à Montréal. En ce moment, je fais beaucoup de piges pour des entreprises de vidéo. Je fais aussi beaucoup de plateaux de tournage surtout dans la partie logistique, en régie, pour la production de films. Et sinon, je réalise des films à mes heures perdues…

En 2019, tu as réalisé un documentaire : Québec Jam. Quel est le contexte de sa création ?

Pour mon projet de fin d’année à l’Université de Montréal j’ai réalisé, avec deux amies, un documentaire appelé Québec Jam. Le but était que ce soit vraiment un projet collaboratif, que chacune puisse travailler sur un poste, une mission qu’elle aimait faire ou voulait expérimenter. C’était le point de départ de ce projet, parce qu’à l’école on a eu des projets de films mais ce n’était pas forcément très divertissant ou enrichissant. Donc nous on s’est dit qu’on allait prendre notre caméra et filmer ce qu’on voulait, ce qu’on pouvait !

Pourquoi avoir choisi de faire un documentaire ?

On a choisi le documentaire car nos cours, à l’université, portaient surtout sur la fiction. On avait envie de tenter le documentaire, qu’on ne connaissait pas, mais qu’on souhaitait découvrir.

Pourquoi avoir choisi les jam sessions, qui sont des séances musicales improvisées, comme sujet ? 

Notre documentaire se base sur deux thématiques : la musique et le road trip. C’était surtout une excuse pour partir à la découverte du reste du Québec (rires). On avait envie de voir comment se passeraient nos interactions avec les habitants grâce à notre thématique basée sur la musique et comment on arriverait à créer des liens avec des québécois grâce à la musique. En ce qui concerne les jam sessions, j’avais déjà quelques amis sur Montréal qui en organisaient mais e n’avais jamais vraiment vécu d’autres expériences comme celles-ci ailleurs. Je m’étais toujours dit que je ferais un film là-dessus et l’occasion s’est présentée. Le but de notre road trip était aussi d’emmener quelqu’un qui n’était pas québécois avec nous, afin de lui faire découvrir la province au travers de la musique. Nous avons donc embarqué Enrique, un jeune saxophoniste mexicain qui venait d’arriver à Montréal et qui ne connaissait pas du tout le Québec.

Quelles ont été les étapes du road trip ?

On a commencé par Montréal puis nous sommes partis à côté de Trois-Rivières, à Saint-Pierre-les-Becquets. C’est un petit village à deux heures de Montréal, situé au bord du fleuve Saint-Laurent. On s’est retrouvés chez le père d’Anne, l’une des filles du projet, qui est un très bon musicien et organise des rencontres musicales. L’ambiance était très familiale, en petit comité, ce qui a permis à Enrique de prendre ses marques. Ensuite, on est allés à Tadoussac, à l’auberge de jeunesse du village. Cet endroit a vraiment une âme, il y a un bar musical très réputé dans lequel tous les habitants se retrouvent. Le responsable de l’auberge nous a expliqué que le bar serait en travaux au moment de notre venue mais on a décidé d’y aller quand même et on a bien fait !  Alors qu’on venait d’arriver, on a entendu quelqu’un qui jouait de l’accordéon dans les escaliers. On a vite pris la camera et on a emmené Enrique. Au même moment, une fille nous a rejoints et a commencé à jouer de l’accordéon à une main et de la trompette avec l’autre, elle chantait également ! D’autres gens ont commencé à arriver. Une femme a alors demandé à Enrique s’il connaissait le morceau Los peces. C’est un morceau d’une chanteuse mexicano-québécoise. Ils se sont mis à le jouer et c’était magnifique. Le lendemain, on est allés se balader pour faire jouer Enrique dehors, afin qu’il explore le son. Notre documentaire et l’expérience qu’on faisait vivre à Enrique portaient sur la rencontre musicale mais aussi la rencontre avec le Québec. Enrique a joué au bord du fleuve à Tadoussac et sur les dunes recouvertes de neige. Il faisait vraiment froid, il y avait beaucoup de neige, on s’enfonçait, c’était intense. Au retour on l’a emmené à Québec, aux chutes Montmorency, et là la caméra n’a pas tenu (rires).

Comment avez-vous trouvé les financements pour le film et le voyage ?

À l’image du film, c’était un financement participatif. Ce qui est chouette à l’Université de Montréal c’est qu’une partie de l’argent de l’association étudiante est obligatoirement reversée aux étudiants pour leurs réalisations. Donc un tiers du projet a été financé grâce à cela. Pour l’autre partie c’était vraiment participatif, ce sont donc nos amis et nos familles qui ont financé. C’est surtout la famille d’Anne qui s’est beaucoup investie, ce sont de grands passionnés de musique.

Le documentaire a participé au Festival du nouveau cinéma de Montréal. Était-ce une belle expérience ?

Oui, super ! En fait, on a été nommé dans la catégorie “films étudiants canadiens” du festival. C’était vraiment intéressant de voir ce qu’il se faisait ailleurs au Canada.

 

© Jade Mathieu

 

Tu fais aussi de la photographie, en particulier de la photographie argentique. L’une d’elle a été exposée l’année dernière à l’ICP, International Center of Photography, à New York. Comment a-t-elle été sélectionnée ?

Cette exposition, je l’ai obtenue au travers des réseaux sociaux. La page Instagram de l’ICP a lancé un concours pour permettre à de jeunes artistes d’être exposés au centre qui se trouve à New York, dans le quartier de SoHo. Pour participer, il fallait juste poster sa photo et préciser le lieu où elle avait été prise. Le thème était la photo de rue. Je leur ai donc envoyé une photo que j’avais prise en Chine, à Kashgar. C’est une photo d’un vendeur de pastèques accompagné d’une montagne de déchets de pastèques. Ma photo traduisait bien l’esprit d’un marché de rue et je pense que c’est pour ça qu’il l’ont choisie. Le principe de cette exposition est d’offrir une plateforme de visibilité à des artistes émergents. Ma photographie a été projetée sur la façade du centre de photographie à New York. C’était plutôt cool.

© Jade Mathieu

Quel type de photographies réalises-tu essentiellement ?

J’ai commencé avec du paysage car c’est le sujet avec lequel je me sentais le plus à l’aise. C’est ici, au Québec, que j’ai commencé l’argentique. C’est un cours qui m’a donné envie de commencer. C’est comme un challenge, tu explores, tu découvres, c’est très irrégulier comme médium. J’ai commencé par le paysage car c’est plus simple, tu n’as pas à te confronter à la personne. En Islande, j’ai fait un projet de photographies sur une seule pellicule, donnant des couleurs très saturées. Le but c’était de faire ressortir toute la densité de la nature. Puis, je suis partie en Asie. À ce moment là, je me suis dis : “Tu ne connais personne, tente la photographie de rue”. J’ai commencé au Japon. Je prenais des gens en photo mais que de dos, c’était ma première approche. Petit à petit, j’ai commencé à avoir plus d’aisance, je craignais moins les gens. Là où je me suis étonnée, c’est que je réalisais des clichés de personnes de plus en plus proche.

© Jade Mathieu

Les gens sont-ils d’accord généralement pour être pris en photo ?

Je me suis pris beaucoup de refus en Chine mais sinon, après, les gens ont été assez réceptifs, même dans des univers où je n’étais pas forcément à l’aise. Par exemple, je me suis retrouvée dans une maison de thé où il n’y avait que des hommes. C’était purement culturel. Non seulement ils m’ont très bien accueillie mais en plus, ça ne les dérangeait pas que je les prenne en photo. Ils n’ont pas fait le show, ils sont restés authentiques et je suis allée les prendre en photo chacun leur tour. C’est au Kirghizistan que je me suis le plus éclatée avec les photos portraits. Ils jouaient tous le jeu. Ils ont une beauté très expressive, c’était génial.

Propos recueillis par Rebecca Chevalier Bartoloni

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