Les Césars 2021 – Critique d’un Divan à Tunis de Manele Labidi
La Cérémonie des Césars aura lieu le 12 mars 2021. À l’aube d’une édition particulière marquée par la crise sanitaire, nous avons décidé de vous offrir un tour d’horizon des films nommés ainsi que nos favoris. Installez-vous confortablement car, pour cette première escale, nous nous installerons sur Un divan à Tunis !
Sorti initialement en février 2020, le film a fait les frais d’une pandémie mondiale que l’on connait tous. Manele Labidi, pour son premier essai derrière la caméra, nous propose sa vision de la Tunisie post-révolution à travers le personnage de Selma, incarnée à merveille par Golshifteh Farahani. La copine d’Adam Driver dans Paterson joue une psychanalyste retournant dans son pays natal pour exercer. Se trouvant inutile à Paris, elle cherchera à retrouver une place parmi les siens à Tunis. Une opposition se mêlera ainsi entre son mode de vie occidental, fumeuse célibataire de 35 ans, et le mode de vie encore traditionaliste de la Tunisie.
L’œuvre de Labidi est profondément douce et honnête. Là ou le discours aurait pu admonester le mode de vie tunisien, il n’en est rien. On parle d’adaptation et l’on cherche profondément à comprendre cet écart culturel. Néanmoins, certains problèmes sont pointés du doigt comme l’administration qui a l’air profondément sclérosée et fainéante, les mœurs encore arriérés, en façade, ou la justice aveugle par instant. Cette dichotomie, entre compréhension et jugement aveugle, est représentée par le personnage de Selma.
Elle est psychanalyste. Elle se met en retrait pour laisser la place à ses patients, les écouter et comprendre leurs névroses. A fortiori, elle fait de même pour l’intégralité du film. Son personnage est suffisamment neutre et en retrait pour que le spectateur s’identifie mais tire ses propres conclusions en toute autonomie. Elle est un prisme entre la diégèse et le public. Lorsqu’elle foule la terre tunisienne, elle embarque le public, explique sa situation puis lui laisse le soin d’observer à sa guise. Nous comprenons que cela puisse être un frein car elle semble être inexpressive et vide, mais cette direction d’acteur va de pair avec l’intention de Manele Labidi. Elle cherche à nous faire voyager, l’histoire n’en devient que secondaire. Pendant un peu moins d’une heure et demie, nous sommes baladés au gré des intrigues secondaires pour découvrir quelques facettes de Tunis.
De surcroît, à l’instar d’un Woody Allen dépeignant New York via des personnages haut en couleurs, Manele Labidi nous personnifie Tunis grâce aux portraits de ces habitants. Mêlée à une réalisation sobre mais diablement efficace, cette douce satire saura redorer son blason grâce aux Césars 2021. C’est notre favori pour le meilleur premier film, nous aurons été les premiers à vous le dire.
Victor Ribeiro
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