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    Maria by Callas, l’évocation d’un monstre sacré

    Adèle Berge 29 novembre 2017
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    © Fonds de Dotation Maria Callas

    40 ans après la disparition de cette cantatrice légendaire, Tom Volf nous offre trois livres, une exposition, mais également un documentaire. Maria by Callas, c’est l’histoire d’une diva qui invoque son Moi intérieur, enfoui derrière une histoire personnelle souvent tragique et une célébrité parfois pesante… En salle le 13 décembre 2017.

    © Fonds de Dotation Maria Callas

    « Défricher et déchiffrer »

    Maria by Callas est un documentaire rythmé, dans lequel se succèdent extraits courts et longs d’interviews et de concerts. Quand Tom Volf, le réalisateur, a commencé son travail sur la Callas, il s’est retrouvé confronté à un foisonnement d’archives : interviews, vidéos de paparazzi, lettres (dont celles adressées à Elvira De Hidalgo, sa professeur de chant au Conservatoire d’Athènes) : « un gigantesque massif de documents à défricher et d’archives à déchiffrer », explique-t-il.

    Il existait trop d’images pour un seul film. C’est pourquoi Tom Volf a d’abord voulu en faire une exposition (actuellement à la Seine Musicale jusqu’au 14 décembre 2017). Il est également à l’origine de trois ouvrages, dont un dernier comportant toutes les correspondances de Maria Callas.

    Le documentaire a demandé un travail colossal de sélection, de restauration, de numérisation, de colorisation, puis de montage. Face à l’immense richesse des ressources disponibles, Tom Volf s’est fixé deux règles. Tout d’abord, il voulait que la narration du film découle uniquement de Maria, que ce soit à travers des lettres lues par Fanny Ardant, ou à travers des interviews (dont celle réalisée en 1970 par David Frost, qui constitue le fil conducteur du documentaire).

    Sa seconde volonté était claire : « Lorsque Callas chante, on l’écoute, on l’observe et on laisse les chants se déployer jusqu’à leur fin ». Il n’hésite donc pas à laisser des airs entiers d’opéra, de Bellini à Bizet, chantés magnifiquement par la soprane. Toutes les paroles sont traduites pour que le spectateur comprenne ce qu’elle a à nous dire, comme si chaque phrase correspondait à ses états d’âme, comme si chaque mot avait été écrit pour elle.

    © Fonds de Dotation Maria Callas

    Une icône qui « transcende le genre » lyrique

    Après être entrée au Conservatoire d’Athènes, Maria Kalogeropoulou se produit très rapidement sur les grandes scènes d’Europe et des États-Unis, surprenant par son registre de presque trois octaves et par son air de grande tragédienne.

    Elle bouscule les codes de l’opéra et c’est ce qui plaît. Elle vit entièrement ce qu’elle chante, souvent en miroir à son histoire personnelle, et c’est le seul moyen pour elle de se faire comprendre et d’atteindre l’au-delà. Polyglotte, elle affirme : « L’opéra est la seule langue que je parle véritablement ».

    Elle a su démocratiser l’art lyrique, toucher un large public : longues files d’attentes, interviews de jeunes hommes fanatiques lors de son grand retour au MET de New York, unes de magazines people… Selon Tom Volf, « elle a contribué à le rendre de nouveau populaire et moderne parce qu’elle transcende le genre. »

    Cette « superstar » s’est également essayée au cinéma, notamment sous la direction de Paolo Pasolini. Tout cela explique l’élévation de la Callas au rang d’icône des années 50-60, avec talent, classe et charisme. Or, le mythe que représente Maria Callas a été très controversé. Elle conserve, encore aujourd’hui, l’image d’une diva capricieuse et d’une femme brisée.

    © Fonds de Dotation Maria Callas

    « Dualité entre la femme qu’elle est et son destin de diva »

    Le documentaire insiste sur l’ambivalence de cette femme, partagée entre sa vie privée et sa notoriété. Pour elle, avoir une vie de famille et faire carrière sont incompatibles. Dans plusieurs lettres ou interviews, elle évoque l’inexorabilité de son destin, comme si elle était contrainte à cette célébrité et à cette solitude.

    « Je ne suis pas religieuse, mais j’ai une prière : donnez-moi la force de dépasser ce que le destin m’impose », proclamait-elle. Et de la force dont elle parle, elle en a eu besoin, notamment face à la pression de la célébrité. En janvier 1958, ayant perdu sa voix lors du premier acte de Norma, à la Scala de Milan, elle se doit d’interrompre la représentation, malgré la présence du président de la République italienne. Cela est perçu par la presse comme un caprice de Diva. Malgré son aplomb, la Callas, d’une fragilité et d’une sensibilité exacerbée, se retrouve épuisée par ces critiques.

    Sa vie amoureuse attire également la presse, en particulier lors de sa séparation avec son époux et impresario Giovanni Meneghini, puis lorsque son amant, l’armateur grec Aristote Onassis, se marie avec Jackie Kennedy, laissant une Maria brisée. « En oscillant de la femme éperdument amoureuse à l’artiste de génie, le film fait une place à cette dualité qui a hanté sa vie », résume Tom Volf. Celle qu’on appelle « la Divine » était aussi faite de chair et de sang.

    En 1973, elle entreprend alors une tournée d’adieux avec son complice et amant le ténor Giuseppe Di Stefano. Le 16 septembre 1977, elle s’éteint dans son appartement parisien suite à une crise cardiaque. Toute sa vie aura été dédiée entièrement à son art et à son public, et c’est ce que nous montre Maria by Callas, avec magie et émotion : la construction d’un monstre sacré.

    Adèle Berge

     

     

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