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    Pose, une immersion dans la culture énigmatique du ball

    Salomé Guez 18 mai 2020
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    © FX

    À l’instar de Stranger Things, The Handmaid’s Tale ou encore Peaky Blinders, le tournage de la saison 3 de Pose a été interrompu mi-mars en raison de la crise sanitaire mondiale. Retour sur la série qui a propulsé la culture marginalisée du “ball” sur le devant de la scène.

    Le premier plan de la saison 1 donne la tendance : les membres de la “House of Abundance” répètent une chorégraphie de voguing pour leur prochaine performance au ball. Si vous n’avez compris que les termes “chorégraphie” et “performance”, Pose est faite pour vous ! Pédagogique sans vouloir l’être, la série de Ryan Murphy plonge ses spectateurs dans le monde de la nuit LGBT new yorkaise. En regardant  Pose, on apprend ainsi ce qu’est la scène ball room sans nécessité de la définir.

    C’est dans un club de la ville qui ne dort jamais, à la fin des années 1980, que des personnages issus de la communauté LGBT (femmes trans, hommes homosexuels ou drag queens) s’affrontent dans le cadre de compétitions à thèmes. Ils sont regroupés en houses (littéralement maisons mais ici équipes) et défilent dans diverses catégories : royauté, “realness”, “butch queen”, visage, Vogue etc. Cet art scénique regroupe ainsi la danse (voguing), la mode, ainsi que l’humour. En 2020, il est tout à fait possible d’assister à un ball “d’époque”, à la Gaîté Lyrique notamment. Mais, cet espace, largement glamourifié dans la série, symbolise avant tout la liberté de s’exprimer sans risque. Car oui, Pose ne dédramatise pas les multiples discriminations, agressions et meurtres dont sont victimes les protagonistes dans ce contexte. C’est pour cela que, dans la saison 2, (spoiler) la mort de Candy est au centre de l’intrigue.

    © FX

    Dans l’épisode 4, Candy Ferocity, interprétée par l’actrice trans Angelica Ross, est retrouvée morte dans un hôtel miteux. Il est aisé d’affirmer que Ryan Murphy s’est ici inspiré du film documentaire Paris Is Burning, réalisé en 1991 par Jennie Livingston, dans lequel on découvre Venus Xtravaganza, travailleuse du sexe trans, qui sera assassinée dans une chambre d’hôtel par un de ses clients avant la fin du tournage. Candy, comme la majorité des personnages, gagne sa vie (et finance ses tenues réservées aux balls) comme strip-teaseuse et prostituée. Victimes de discriminations à l’embauche, les personnages n’ont pas d’autre choix que de vendre leur corps pour survivre. “Dégoûtés de [leur] attirance pour nous” affirme Angel Evangelista, certains clients éliminent la source de leur désir. 

    Entre le racisme, l’homophobie, la transphobie et le VIH qui fait des ravages, les personnages de la série FX 21 survivent grâce à l’espoir voguing.

    Mais alors c’est quoi le voguing ?

    Né dans les années 60, popularisé à New York dans les années 80, “l’art de la pose” est encore méconnu du grand public. Le voguing (ou vogue) est un courant de danse urbaine caractérisé par un enchaînement de poses dites “de mannequins”. Les communautés noires, latinas et transgenres, alors totalement exclues du monde du mannequinat, inventent cette contre-culture inspirée du célébrissime magazine de mode Vogue. Mouvements angulaires et précis, absence de sourires ; la performance reprend les codes associés aux poses que l’on retrouve encore aujourd’hui sur les couvertures de ces magazines.

    © FX

    Il s’agit d’un univers perçu comme prestigieux, par les femmes de la série qui rêvent d’y avoir un jour accès. En 1990, le single Vogue de Madonna, vendu à 8,5 millions d’exemplaires, se hisse au sommet du Billboard Hot 100. L’Amérique chante inlassablement le hit qui met en lumière une culture underground depuis des décennies. Vogue est alors l’unique espoir, pour les (femmes) transgenres, d’être vu(e)s par le monde, d’être accepté(e)s et célébré(e)s dans un pays où ils/elles sont, au mieux, pointé(e)s du doigt, au pire, tué(e)s. 

    Émouvante, éducative, emplie de joie de vivre : la série de Ryan Murphy est disponible sur myCANAL !

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