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Benjamin Cotto : “Chaque émotion se traite et se traduit différemment avec la musique”

Julian Debiais 18 novembre 2021
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Benjamin Cotto © Elisa Beaudoin

Une traversée en mer rythmée par le tumulte des vagues, du calme à la tempête. Telle est la vision qu’offre Benjamin Cotto sur son expérience, qu’il livre dans son premier projet en solo : Bleu. Il couche sur mélodies mots, sentiments, sensations, et nous livre les quelques secrets de fabrication de son dernier projet.

Dans quelles conditions as-tu écrit ton EP ?

L’écriture a commencé avant le confinement, j’avais écrit une première chanson et puis j’ai pris un peu plus de temps à écrire les autres. Les premières idées sont apparues il y a trois ans. Le point de départ a été l’écriture d’une chanson qui s’appelle Cette nuit qui sera sur l’album, mais la première chanson écrite et finalisée, avec l’aide de Giaccomo, c’était Le Grand Bleu. C’est celle qui a déclenché le projet. Avec Le Grand Bleu, j’avais trouvé la couleur, montré ce que je voulais faire et la direction que je voulais prendre.

Quel est l’apport du cinéma dans ta musique ?

Les deux fonctionnent ensemble. Pour moi, la musique et le cinéma sont indissociables. Déjà en enregistrant Le Grand Bleu, je commençais à avoir beaucoup d’images qui me venaient en tête. J’ai tout de suite compris qu’il fallait que je sois derrière la caméra, et que ce clip devait se rapprocher du court-métrage. C’était important pour moi de montrer mon univers, que l’on comprenne mes références et que l’on sache quel personnage je suis. Les images apparaissent très vite avec la musique et elles sont pour moi, quasiment indissociables.

C’était une volonté d’écrire des textes aussi visuels ?

Alors, oui, il y a des textes visuels, mais la musique laisse la place à l’image et elle génère de l’image à l’écoute. Il y a une écriture musicale qui parfois existe comme des thèmes au cinéma et qui ainsi peuvent se développer.

© Elisa Beaudoin

Il y a une sensation au sein de ton EP, celle de voguer vers l’inconnu au travers d’une relation amoureuse. Était-ce le sens que tu voulais donner ?

C’est sûr que tu vogues vers l’inconnu lorsque tu rencontres quelqu’un et que les sentiments apparaissent. Cette chanson a un tempo qui pourrait ressembler à celui d’un bateau au large, avec des vagues, des mouvements, des creux, des hauts et des bas. Une relation amoureuse ne peut pas être plate, c’est ce qui se passe en mer, en une seconde le climat change et ça peut devenir dangereux.

À travers ton projet, tu offres différents climats musicaux et tu les fais correspondre avec tes histoires amoureuses, tu peux nous en dire plus ?

Chaque histoire que j’ai vécue étaient à des saisons différentes et chaque saison transforme ta relation. Si tu es au moment des cerisiers en fleurs à Paris, que tu te balades près de la Seine, il se passe autre chose qu’en plein hiver sous la neige ou qu’en plein été au bord de la mer. Je pense que oui, cet EP est rythmé de sensations, de saisons, de climats et de paysages, et ça doit se ressentir dans l’écriture. Chaque émotion se traite et se traduit différemment avec la musique.

Tu fais référence à des chanteurs passés au travers des titres de tes chansons. Des artistes comme Gainsbourg ou Polnareff. Que t’apportent ces auteurs-compositeurs dans ta musique ?

Gainsbourg, c’est tout de même très particulier. C’est autant la musique que le texte et l’univers qui m’inspirent, que ça soit ses albums concept comme Melody Nelson ou Variations sur Marilou. Il y a des arrangements dans ses albums qui sont intemporels ou plutôt hors du temps. Je pense que ce qui m’inspire chez lui ce sont plutôt ses arrangements. Il y a chez Polnareff, des choses qui me plaisent et certaines qui me transportent. On ne sait pas ce qui se passe. La voix, les arrangements et la musique en général peuvent évoquer tellement de choses. Je trouve qu’il y avait une écriture qui était plus poussée. Il n’y avait pas les mêmes accords sur un couplet et un refrain. Il y avait à l’époque une écriture avec des pré-refrain, des ponts, des ad-libs, des intros et des fins. Ça permettait de travailler bien plus son imaginaire. Tu peux faire du rock avec trois accords, mais ça n’a pas la même vocation, ce n’est pas la même énergie, c’est plus pour te puncher le visage.

C’est quelque chose qui t’intéresse le concept album ?

Aujourd’hui, le public consomme au titre par titre, donc c’est difficile d’avoir un concept album. Mais je pense qui si on force un peu, le public sera toujours prêt à y aller. Ça dépendra peut-être du public ou de la musique, mais je pense que même la personne la moins préparée pourra se laisser embarquer. Il faut que les gens aient l’occasion de l’entendre et de se poser dessus.

© Elisa Beaudoin

As-tu pensé à une structure particulière que tu voulais donner à ton EP ?

Pas vraiment, avec un EP, c’est difficile d’avoir une œuvre un petit peu global. Il manque encore quelques titres pour pouvoir parler d’une réflexion dans l’ordre ou dans l’écriture. Je crois que ce que j’ai voulu donner à cette EP, c’était surtout offrir un panel de ce que je peux faire et de ce qu’il va y avoir.

D’où te vient cette envie de poser des mots sur de la musique ?

On peut entendre mots et maux. J’avais besoin de formuler des choses. La musique, c’est bien, mais tout le monde peut l’interpréter comme il l’entend. Poser des mots sur de la musique, ça la fige et ça lui donne une direction plus précise. Le fait de poser des mots sur des émotions te permet d’écrire des chansons et d’avancer. Pour moi, c’était aussi pouvoir exister un peu plus. À partir du moment où tu ne chantes pas, c’est quand même plus difficile de s’installer.

C’est quelque chose que tu ne pouvais pas faire à travers ton groupe ?

Je ne chante pas à travers mon groupe. Je suis très heureux avec celui-ci et il fonctionne très bien comme ça. C’est en anglais ce qui n’est pas du tout ma langue, mais celle de Nili, elle le fait très bien et elle écrit très bien ses chansons en anglais. Je pense que si j’avais cherché à écrire en anglais ça aurait été médiocre et mon accent est tellement mauvais qu’il n’y aurait pas eu d’intérêt !

D’où vient ton rapport à la mer ?

Déjà, j’aime beaucoup la mer, j’adore faire du bateau. Et puis lorsque l’on y pense, un enfant dans le ventre de sa mère, c’est assez proche du fait d’être dans l’eau. Dans la mer, se reflète le ciel, il y a des tempos différents, il y a également la tempête qui n’est pas loin d’être la même chose que dans les histoires amoureuses. Il y a des moments très calmes et langoureux, tu peux avoir chaud comme tu peux avoir froid. L’eau, c’est un élément vivant, la mer c’est vivant.

 

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L’EP Bleu est disponible sur les plateformes de streaming.

Propos recueillis par Julian Debiais

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