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    Juliette Stolzenberg : “Il faut fondamentalement être artiste pour enseigner un instrument”

    17 novembre 2020
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    Rencontre avec Juliette Stolzenberg, “flûtiste qui bouge” et professeure de flûte passionnée au conservatoire d’Oyonnax, à la vision réaliste de la complexité du monde artistique.

    Comment te présenterais-tu ?

    Je suis une artiste enseignante. Je pense qu’il faut fondamentalement être artiste pour enseigner un instrument. Il faut sans arrêt se renouveler et créer de nouvelles choses pour s’adapter à la situation, à l’élève, au temps… Il y a des moments où je suis bien plus dans la pédagogie et d’autres où je suis bien plus dans la création artistique. Ce sont des allers-retours incessants et pas forcément réguliers.

    Comment s’organisent les cours que tu donnes au vu de la situation sanitaire actuelle ?

    En ce moment, je donne cours en présentiel pour les classes qui ont des parcours aménagés avec l’Éducation nationale et pour les élèves en cycle 3 spécialisés. Ça me fait sortir deux fois par semaine. Et tout le reste c’est par visioconférence, sur WhatsApp. C’est très difficile. Tout prend plus de temps, entre les problèmes de réseaux et les enfants qui ne tiennent pas en place… La relation ne se remplace pas, mais bon, au moins ça a le mérite d’exister.

    Qu’est ce qui te passionne dans ton métier de professeure ? 

    Pour faire cela, de la scène ou de l’enseignement, pour être en relation avec les métiers de l’art en général, il faut avoir de la passion. Si il n’y en a pas c’est fini, parce que déjà pour y arriver c’est le parcours du combattant, si c’est l’argent qui motive, ça ne fonctionne pas… Il faut être nourri par quelque chose de l’intérieur. Ce qui me passionne, ce sont les rencontres et suivre la relation avec les enfants, les voir grandir et évoluer parfois sur une dizaine d’années. C’est rare pour un enseignant de pouvoir faire ça. Ce qui m’intéresse aussi, c’est être dans la fonction publique, pouvoir m’adresser à tous, c’est avoir une audience très diversifiée. Je cherche à emmener les enfants vers la découverte. J’aime bien partir de la personne qui est en face de moi, faire avec ce qu’elle me propose et en tirer quelque chose ou l’orienter dans ses initiatives.

    Où en est ton activité d’artiste aujourd’hui ?

    Quand tu te donnes vraiment à l’enseignement, il faut faire une croix sur la scène. C’est très dur en tout cas de monter les projets. Je ne suis pas douée pour “réseauter”, avoir un look marketing ou des produits adaptables au public et je ne sais pas si j’ai tellement envie d’apprendre. Toute cette dimension-là de l’échange artistique ne me fait pas envie, ce n’est pas pour ça que j’ai fait ce métier. En plus, ça prend tellement de temps et si peu de spontanéité. Il faut faire un tel travail, le coté administratif, les demandes de subventions… prennent beaucoup de temps, cela ne sert que les 10% maximum du travail en studio à chercher ou à produire. Moi l’artiste, c’est ça qu’elle aurait à dire.

    As-tu d’autres projets en tant que professeure ?

    Je fais des stages, je ne sais pas si je pourrai en faire cette année mais depuis que j’ai commencé, j’en fais un par an, toujours en association avec un.e psychomotricien.ne qui travaille la respiration, travail corporel de base, et la structure anatomique par le ressenti. C’est toujours à la flûte, mais on ne joue pas de morceaux. Il y a une grosse base de travail corporel avec le psychomotricien, d’anatomie et de ressenti de l’anatomie, sentir et comprendre comment on est fait. On est dans une époque où on sait comment fonctionne un ordinateur mais on ne sait pas comment nous, on fonctionne. Même en matière d’écologie, si tu es plus en relation avec qui tu es et ce qu’est le vivant, tu agis différemment. Vivre et exprimer c’est la même chose, on ne peut pas séparer le fait d’aimer la vie, d’aimer l’autre et de s’aimer soi du fait de s’exprimer. Vivre, aimer et exprimer dans l’artistique, c’est pareil.
    C’est très difficile en institution de pouvoir développer ce travail basé sur le corps, c’est pour ça que je le fais en stage. Je ne peux pas en faire la souche de l’enseignement et pourtant, tout est là. Il n’y a pas d’action qui ne soit pas corporelle et du coup, comment peut-on ne pas le travailler ?

    Plus d’informations sur la page Facebook de Juliette Stolzenberg.

    Propos recueillis par Marcie Dupont

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