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Olivia Romano : “La chorale peut changer les rapports dans l’entreprise”

Chloé Vallot 28 juillet 2020
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© Studio Lenoir

Passionnée de musique au parcours atypique, Olivia Romano partage désormais son affection pour cet art en dirigeant des chœurs pop-rock en entreprise.

Pouvez-vous vous présenter et exposer votre parcours ?

Je m’appelle Olivia, j’ai 42 ans. Avant d’être cheffe de chœur, j’ai travaillé dans un réseau associatif de commerce équitable, puis dans un lieu de musiques actuelles. La musique a toujours fait partie de ma vie. J’ai fait mes armes au conservatoire où j’ai étudié le solfège, le piano et le chant choral. C’est la rencontre avec un guitariste, David Playe, qui m’a conduite à donner plus de place au chant. Cela fait maintenant plus de dix ans que je participe à différents projets sur scène et en studio. En 2015, j’ai eu l’opportunité de diriger une chorale de salariés au sein de L’Oréal : ça a été une révélation. J’ai alors eu la sensation que pouvaient s’articuler mes aspirations profondes et la volonté des entreprises d’améliorer la qualité de vie au travail (QVT). Depuis, j’ai décidé de créer ma propre structure.

Qu’est-ce qui vous a motivée à diriger des chorales en entreprise ?

Faire en sorte que les gens se rassemblent, créer du lien, des moments de partage, a toujours été un moteur pour moi. Par ailleurs, en tant que choriste, j’ai pu apprécier les bienfaits du chant choral. J’étais donc convaincue par la pertinence d’importer cette pratique en entreprise dans un contexte où l’amélioration de la QVT devient une préoccupation majeure. Après cinq ans d’exercice, je constate les effets : la chorale renforce la cohésion, cultive le sentiment d’appartenance, crée une énergie positive, améliore la communication, renforce le bien-être, la confiance en soi, développe l’audace et la créativité. En encourageant à transcender les comportements individualistes et en rassemblant des personnalités, compétences et niveaux hiérarchiques diverses autour d’un objectif commun, elle permet de changer les rapports dans l’entreprise.

© Olivia Romano

Quelles sont les qualités à avoir pour être un bon chef de chœur ?

Avant tout, il faut être à l’écoute, empathique, bienveillant : je rencontre des personnes qui ont très envie de chanter, mais qui peuvent être inhibées par le contexte professionnel ou par leur peur de ne “pas savoir chanter”. Il s’agit alors de les accompagner afin qu’ils lâchent prise et acceptent de se livrer face au groupe. Le chant est une discipline qui touche à l’intime et qui ne revêt pas qu’un simple caractère festif ou ludique. Il faut aussi savoir être exigeant : j’ai envie que les choristes soient fiers de ce qu’ils construisent ensemble et qu’ils puissent partager un répertoire abouti lors de concerts au sein de l’entreprise. Ensuite, le choix du répertoire est important pour garantir l’adhésion et l’engagement des choristes et garder un collectif uni autour d’un projet qui leur parle. Il faut enfin ressentir les “vibrations” au sein du groupe, afin d’instaurer une ambiance décontractée.

Avec le confinement, avez-vous réussi à continuer à diriger les chorales ?

Les activités se sont arrêtées brutalement, mais passé le choc, l’envie de maintenir le lien avec les choristes m’a motivée à lancer un projet de chorale virtuelle. Cette initiative désintéressée avait pour seule ambition d’offrir une bulle d’oxygène dans cette période troublée. J’ai donc proposé aux membres de mes chorales de me rejoindre sur ce projet. Cinquante personnes ont répondu présent pour un résultat dont tout le monde a été très fier. Le projet a eu une certaine résonance ! Le groupe auteur de la chanson, Rival Sons, a partagé la vidéo et nous avons eu une parution dans la playlist de la semaine du magazine Rolling Stone. Ça a été un travail colossal, plus de 160 heures, mais ça en valait la peine. Et les effets rapportés par les participants vont au-delà de ceux que j’avais identifiés. Ce projet leur a permis de rompre l’isolement. Il a donné un horizon, un objectif, une respiration et a permis de mieux supporter cette période difficile.

© Olivia Romano

Avec les mesures sanitaires adéquates, pensez-vous qu’il sera possible de reprendre les chorales physiquement à la rentrée ?

Aujourd’hui, seule une entreprise envisage de reprendre à la rentrée. Pour les autres, je pense que le redémarrage sur site interviendra plutôt en janvier 2021. La reprise de l’épidémie conjuguée au fait que la responsabilité pénale de l’employeur peut être engagée en cas de manquement aux obligations en matière de sécurité et santé des salariés me poussent à être prudente. Et puis, pour moi, la puissance d’une chorale prend tout son sens quand les gens et les voix s’accordent, ce qui est plus compliqué avec la mise en place des mesures de distanciation. Je pense qu’il sera toutefois possible de proposer des ateliers en effectif réduit, des cours de chant individuels… Je travaille actuellement à faire évoluer mon offre pour l’adapter au contexte.

Avez-vous des projets pour le futur proche ?

Je pense que la chorale virtuelle est une alternative qui peut plaire aux entreprises car elle revêt un caractère fédérateur et ludique. Mon objectif est donc de déployer cette offre ; L’Oréal met déjà en place ce dispositif, et j’espère convaincre d’autres entreprises.

Plus d’informations sur le compte LinkedIn d’Olivia Romano et sur son site Internet.

Pour voir la vidéo de la chorale virtuelle : https://www.youtube.com/watch?v=k2ESvwYXiv8

Propos recueillis par Chloé Vallot

 

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