0 Shares 2234 Views

Les Justes – Théâtre de la Colline

29 mars 2010
2234 Vues
Les Justes - Theatre de Colline

Les Justes - Theatre de Colline::

 

L’affiche était prometteuse : Albert Camus, Stanislas Nordey, Emmanuelle Béart, Wadji Mouawad… la déception est d’autant plus grande. Trop longue, trop figée, trop nombriliste, cette production des Justes de Camus oublie un élément essentiel de toute représentation théâtrale : le public. Qui le lui rend bien, et s’enfuit à pas de loup à chaque changement d’acte.


La mise en scène est figée, hiératique : les comédiens ne se touchent pas, ne se regardent pas. Tournés vers la salle sans pour autant la voir, ils débitent leur texte comme des pantins, sans jamais y mettre de passion ni d’humanité. Seuls Raoul Fernandez et Laurent Sauvage, dont les scènes jouent le rôle d’intermède comique, parviennent à alléger l’atmosphère et à intéresser le public à ce qui se passe sur le plateau.


Le texte lui-même paraît trop daté pour être joué tel quel aujourd’hui, surtout dans une mise en scène aussi solennelle et aussi guindée. Face à ces socialistes révolutionnaires, le spectateur ne peut s’empêcher de penser à ce qu’il est advenu de la Russie suite à l’utopie marxiste ; et adhérer au discours de ces terroristes est extrêmement difficile. Nordey a voulu « libérer [la pièce] de l’esthétique et des préjugés dont l’histoire du théâtre l’a déjà recouverte pour faire résonner l’interpellation sans concession qui la constitue », mais il ne fait qu’alourdir encore plus le propos en le figeant de la sorte.


C’est ainsi à une pièce désincarnée, qui se regarde elle-même, qu’assiste un public désemparé face à tant d’ennui. On attend un souffle destructeur, une force idéaliste, des dilemmes poignants… mais tout est désamorcé, vidé de sa substance pour ne laisser que des mots martelés sans conviction.


Audrey Chaix



Les Justes
D’Albert Camus
Mise en scène de Stanislas Nordey
Avec Emmanuelle Béart, Frédéric Leidgens, Vincent Dissez, Wadji Mouawad, Damien Gabriac, Laurent Sauvage, Raoul Fernandez, Véronique Nordey

Durée : 2h30


Jusqu’au 23 avril 2010
Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30
Réservations au 01 44 62 52 52 ou sur le site du Théâtre de la Colline.
Tarifs : de 13 à 29€


Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Métro Gambetta (lignes 3 et 3bis)


www.colline.fr

 

En ce moment

Articles liés

« Chiens » ou la liturgie du porno par Lorraine de Sagazan
Spectacle
1317 vues

« Chiens » ou la liturgie du porno par Lorraine de Sagazan

Dans une création chorale, où les cantates de Bach sont magnifiées par des superbes interprètes, Lorraine de Sagazan s’empare de la question de l’exploitation du corps féminin dans l’industrie pornographique, à la lumière d’un procès où seront jugés une...

“T.I.N.A. – There Is No Alternative” : une remise en question de la société au Théâtre Lepic
Agenda
301 vues

“T.I.N.A. – There Is No Alternative” : une remise en question de la société au Théâtre Lepic

L’échec n’est jamais qu’une réussite qui se voile la face (et inversement). Ce spectacle en est la preuve. Dans un souci de communication efficace, il m’a été demandé de résumer mon spectacle. Mais j’en suis incapable. Je suis incapable...

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie
Spectacle
720 vues

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie

Au Théâtre Hébertot, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin sont deux octogénaires qui voient revenir, à leur grande surprise, leur fils âgé de cinquante-ans. La pièce est signée Jean-Claude Grumberg, qui a cousu des personnages pour ces acteurs magnifiques, dirigés...