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Théâtre privé : nos 10 coups de cœur

Hélène Kuttner 27 février 2019
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© Théâtre Irruptionnel

Créations, reprises, comiques ou dramatiques, le théâtre privé s’invite actuellement sur scène avec de belles surprises, d’excellents acteurs et des textes percutants. Voici notre sélection pour vous aider à y voir plus clair.

Deux frères et les lions

Deux acteurs virevoltants et d’une énergie extraordinaire pour raconter une saga qui ne l’est pas moins : celle de deux frères jumeaux issus d’un milieu pauvre de l’Angleterre, fils d’immigrés écossais, qui vont devenir à la fin du XXe siècle l’une des plus plus grosses fortunes du pays. La soif de révolte, le désir de réussite chevillé au corps et au cœur, tels sont les carburants de ces capitalistes effrénés qui partent sans aucun tabou à la conquête du monde, puis à l’assaut de l’île de Sercq, régie par le droit normand, qui va priver leurs filles d’héritage ! Le comédien Hédi de Clermont-Tonnerre a concocté un formidable spectacle en forme de conte haut en couleur, fortement participatif et délirant, joué en alternance par Lisa Pajon, Romain Berger et lui-même. Édifiant et fort !

Théâtre de Poche-Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h, jusqu’au 17 mars


Compromis

© Bernard Richebe

Pierre Arditi et Michel Leeb, avec Stéphane Pezerat dont le talent comique est une révélation, se disputent lors d’un compromis de vente d’un appartement. Pierre Arditi campe un acteur cabot sur le retour, face à Michel Leeb, écrivain génial mais raté, publié par copinage. Deux egos forts en gueule mais loosers, inséparables, machos et d’une mauvaise foi théâtrale, qui partagent une passion communautaire pour les idées de gauche portées par François Mitterrand en mai 1981. Véritable ping-pong verbal où jaillissent les bons mots et les plaisanteries salaces, les compromissions cruelles, la pièce de l’écrivain Philippe Claudel mise en scène par Bernard Murat est un véritable feu d’artifice de piques satiriques et d’ironie mordante qui révèle les faux-semblants d’êtres qui se veulent d’une honnêteté irréprochable. Les acteurs sont formidables.

Théâtre des Nouveautés, du mardi au samedi à 21h, samedi à 16h30 et dimanche à 16h


Rabbit Hole

© Simon Gosselin

C’est un texte bouleversant, à l’émotion saisissante qui est proposé en ce moment à Paris après avoir été créé aux Célestins de Lyon par la metteur en scène Claudia Stavisky. Becky (Julie Gayet) et Howard (Patrick Catalifo) forment un couple brisé par la mort de leur jeune fils. La sœur de Becky, Izzy (Lolita Chammah), est une jeune femme en quête d’elle-même et de grand amour, qui reste collée à sa grande sœur comme une enfant, tandis que la mère des deux femmes (Christiane Cohendy) trimballe sa tendresse lunaire sans prendre vraiment conscience du réel. Comment survivre après un tel drame, et de quelle manière le drame infuse-t-il les interstices de chaque existence ? La pièce de David Lindsay-Abaire, qui dépeint une famille de la “middl class” new-yorkaise, plonge dans l’intime des émotions avec une vérité étonnante, que les comédiens, tous remarquables, incarnent avec une bonne dose d’humour et de grâce. 

Bouffes Parisiens du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h, jusqu’au 31 mars


Localement agité

© Céline Nieszawer

Une fratrie se réunit un 29 février sur un rocher d’une plage bretonne pour disperser par vent de sud-est les cendres du paternel, selon les ordres précis de ce dernier. Chansons à l’appui et rituel traditionnel, autant dire que les 5 frères, la sœur et l’ex d’un des frangins ne vont pas tomber dans la chorale chrétienne, mais plutôt faire exploser à coups de névroses familiales, de vengeances personnelles et de révoltes intimes la belle harmonie souhaitée par un papa qui va révéler, au fur et à mesure du spectacle et des révélations, une autre face que celle façonnée par la mémoire familiale. Arnaud Bedouet, dramaturge prolixe, a composé un petit bijou de scènes à l’amertume comique et saillante, dont les comédiens, tous excellents, s’emparent avec saveur et bonheur.

Critique d’Hélène Kuttner

Théâtre de Paris, Salle Réjane, du mardi au samedi à 21h, samedi à 17h et dimanche à 15h


Le Faiseur de théâtre

© Fabien Cavacas

L’une des dernières pièces testamentaires de Thomas Bernhard, interprétée ici par l’un de nos plus grands comédiens, André Marcon. L’acteur Bruscon, comédien, auteur et metteur en scène, débarque pour jouer son chef-d’œuvre dans une petite ville de province en Autriche, accueilli par l’hôtelier (Éric Caruso). Serviteur émérite de son art, le personnage s’impose à tous en démiurge, puriste, esthète au classicisme intégral en ridiculisant son hôte, son épouse et ses enfants au point de devenir totalement insupportable. André Marcon, dirigé par Christophe Perton, en fait un personnage pitoyable et vibrant d’humanité, burlesque et ridicule, à la recherche du sens de la vie et de l’art. Superbe.

Critique d’Hélène Kuttner

Théâtre Déjazet, du lundi au samedi à 20h30, jusqu’au 9 mars


Le Lien

© JSTEY

Un duel passionnel et matricide entre un fils (Pierre Palmade) et sa mère (Catherine Hiegel) résolu par l’amie fidèle (Marie-Christine Danède) se déroule lors d’un déjeuner dans un modeste appartement, loin de la vie parisienne et des manifestations mondaines. L’écrivain François Bégaudeau (Entre les murs) tricote un dialogue tout en finesse et en justesse autour de la relation fils-mère, alors que Pierre Palmade joue un fils écrivain incompris par sa mère mais reconnu dans la France entière et Catherine Hiegel une mère fonctionnaire à la retraite, dont le monde se réduit à l’essentiel. Ce qu’accomplit la comédienne est d’une évidence saisissante, d’une simplicité grandiose. Panchika Velez les a dirigés sobrement, en respectant ces deux monstres de scène dont ils déploient tous deux leur animalité comme dans une arène. Une leçon d’humanité.

Critique d’Hélène Kuttner

Théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 20h30, samedi à 17h30


La Dégustation

© Charlotte Spillemaecker

Quoi de mieux qu’une cave à vins pour tresser une comédie romantique ? La nouvelle pièce d’Ivan Calbérac semble faire un tabac, mais c’est vrai qu’avec la délicieuse Isabelle Carré dans le rôle de la célibataire en mal d’enfant et Bernard Campan dans celui du caviste divorcé et bourru, le spectateur se réjouira de la qualité de jeu des acteurs, de la beauté d’un décor plus vrai que nature et d’un texte rondement mené, à l’efficacité séduisante et coquine, avec ce qu’il faut d’actualité réaliste et d’émotion. Mounir Amamra joue le jeune délinquant en liberté conditionnelle et Éric Viellard le gentil copain. Frais comme le printemps et délicieusement alcoolisé, délicieux.

Critique d’Hélène Kuttner

Théâtre de la Renaissance, du mardi au samedi à 21h, samedi et dimanche à 16h30


La Machine de Turing

© Fabienne Rappeneau

Le plus gros succès du Festival Off d’Avignon se poursuit avec autant de bonheur et le physicien britannique Alan Turing, père de l’ordinateur moderne, trouve une vraie reconnaissance du public grâce à Benoît Solès, créateur, auteur et acteur de la pièce qui a toutes les raisons de poursuivre sa prodigieuse lancée. Les raisons d’un succès ont toujours une part de rationnel – qualité du texte, des acteurs – et d’irrationnel – l’attrait, la réception d’un sujet par le public. Il y a tout dans ce spectacle, et surtout la passion, l’effervescence avec laquelle l’auteur-acteur plonge dans son sujet, en abordant de plein fouet la mise au ban de Turing par la société anglaise dans les années 50 pour homosexualité. Le spectacle est aujourd’hui prolongé, double ses tournées, enthousiasme petits et grands, donc on n’a pas fini d’en parler ! 

Théâtre de l’Œuvre, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h


Adieu Monsieur Haffmann

© Évelyne Desaux

Encore un succès prolongé et récompensé par des Molières, avec cette pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre qui raconte la cache, puis la traque d’un bijoutier juif et de sa femme pendant l’Occupation nazie. Acteurs parfaits et précis, texte d’une clarté lumineuse, rythme et enchaînement des scènes haletants comme un roman policier et justesse historique qui fait frémir aujourd’hui, sans aucune lourdeur ni pathos. Juste une fable, qui raconte une histoire ancrée dans la grande Histoire, qui, sans être vraie, aurait certainement pu se dérouler.

Théâtre Rive Gauche, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 17h30


Le cas Eduard Einstein

© Lisa Lesourd

Albert Einstein, génie mondial de la physique, papa d’E=mc2, co-inventeur de la bombe nucléaire alors qu’il a toujours été fondamentalement humaniste et pacifique, jusqu’à être placé sur la liste noire aux États-Unis, était aussi le père d’un garçon schizophrène qui passa trente ans dans un asile à Zurich. Eduard, ultra-sensible et déclaré fou, violent, puis abruti par les traitements de choc et les cures d’insuline, se voit coupé de son père qui n’accepta jamais de ne pas comprendre le mystère de la maladie de son fils. Laurent Seksik avait signé un très beau roman sur Eduard et a réalisé une très poignante adaptation au théâtre mise en scène intelligemment par Stéphanie Fagadau et superbement interprétée par Hugo Becker, Michel Jonasz et Josiane Stoleru. On vibre, on voyage, on frémit avec ces personnages qui ont fait l’Histoire mais qui ont souffert dans l’intimité de leur famille. Poignant.

Critique d’Hélène Kuttner

Comédie des Champs-Élysées, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h

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